Bien tardivement, la campagne pour les européennes commence à agiter le Landernau médiatico-politique. Beaucoup de commentaires par les invités « traditionnels » pour soutenir l’Europe, avec souvent des propos en creux rappelant les critiques faites par les citoyens français, manière de faire comprendre qu’ils sont entendus mais qu’ils se trompent. Le concentré d’argumentaire pro-européen tient en deux idées massues : l’ a sauvé la paix sur le continent ! Le nombre fait la force !

Pour la première, c’est incontestable. Jusqu’à maintenant. Cependant, depuis l’élargissement boursouflé à 28, le risque de turbulence intérieure resurgit. Les œillades spontanées et bienveillantes de Bruxelles à l’Ukraine montrent comment l’aide inconditionnelle à la démocratie peut engendrer des effets pervers totalement contraires à cette recherche de la paix. Quant à poursuivre l’« annexion » de la Turquie – en dépit d’une résistance populaire sourde et de certaines affirmations contraires –, c’est aussi ouvrir la voie à des incertitudes graves et une méfiance redoublée à l’égard de décideurs méconnus.

Mais si l’on est garant de la paix, il faut s’en donner les moyens. Rappelons-nous l’adage « si vis pacem, para bellum » (« qui veut la paix prépare la guerre »). Or, ce qui manque à l’Europe, c’est précisément l’instrument d’une puissance affirmée et reconnue. On évoque souvent la voix de la France pour prétendre qu’elle est entendue dans le monde. En dépit de sa taille modeste, c’est précisément parce qu’elle se montre (encore) capable d’intervenir avec ses forces armées. La voix de l’Europe devrait être portée par un président élu, soutenue par une véritable puissance militaire sous pavillon européen, prenant forme de coalition ou de force de réaction, permanentes.

Il est temps de penser à s’affranchir du parapluie américain, sous couvert de l’OTAN et d’une alliance née il y a plus de 60 ans, alors que précisément l’environnement géostratégique a considérablement évolué sur le Vieux Continent. Et que les USA d’Obama lorgnent désormais vers l’-Pacifique.

Quant au nombre qui engendre de facto la force, c’est le paradoxe le plus flagrant de l’Union européenne. Nain diplomatique et militaire (voir plus haut), il est aussi l’otage commercial de ses propres lois antimonopoles et des pays dynamiques et émergents. L’absence de capacités de recherche et de grands projets communs dans les domaines de pointe empêche toute fierté communautaire et donc un intérêt partisan et manifeste.

Le prochain scrutin français aux élections européennes traduira, hélas, ce grand malaise, soit par des votes blancs ou nuls, soit par un puissant rejet populiste. Permettra-t-il, au final, de dessiller les vrais Européens ?

11 mai 2014

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