Ceux qui ne comprennent pas comment la première banque de la première économie européenne peut aujourd’hui menacer de faire faillite peuvent se reporter à l’excellent film Le Casse du siècle (The Big Short) sorti en 2015. L’un des personnages principaux, un banquier de Wall Street, incarné par Ryan Gosling, a le pressentiment que la bulle immobilière va finir par éclater et que son employeur – précisément la Deutsche Bank -, à l’instar de toute la place financière, est assis sur une montagne d’actifs toxiques. Comment va–t-il en profiter ?

En mars 2008, le américain avait sauvé de la faillite la 5e plus grosse banque d’investissement de Wall Street (Bear Stearns) par un mariage forcé avec celle qui occupait alors la 2e place dans ce classement, JPMorgan. Mais, à l’automne, il échoue à trouver un repreneur pour Lehman Brothers (4e). En quelques jours, c’est la panique générale : chacun se demande qui va être le suivant, plus personne ne prête un dollar à personne, l’économie est comme congelée. L’éclatement de la bulle immobilière avait provoqué une financière qui, à son tour, avait déclenché – troisième étage de la fusée – une panique bancaire. Alors que c’était justement ce qu’il voulait éviter, le gouvernement sera finalement contraint de mettre la main à la poche (du contribuable, donc) pour 750 milliards de dollars, soit plus de douze fois ce qu’il aurait été nécessaire pour sauver Lehman. Les grands argentiers de ce monde l’avaient échappé belle, il leur fallait maintenant jeter les bases d’un mécanisme qui, à l’avenir, mettrait à l’abri le système financier d’une nouvelle crise. Après d’âpres discussions les Européens s’accordèrent sur le concept de « bail-in ».

Il y a un peu moins d’un an j’écrivais à ce sujet, ici sur Boulevard Voltaire :

« La directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires, […] qui entrera en vigueur le premier janvier prochain, fait partie de ces rares mesures qu’il convient de saluer."

Mon article s’était heurté à l’incompréhension de bon nombre de lecteurs ; je gage que, bientôt, ils pourraient bien réviser leur jugement.

La Deutsche Bank souffre à la fois d’une exposition hors norme à des produits toxiques et d’un manque chronique de profitabilité essentiellement du fait de la de bas taux d’intérêt de la BCE. Son cours de Bourse a été divisé par dix depuis 2008 et, pas plus tard que la semaine dernière, la simple rumeur que quelques gros clients avaient commencé à retirer leurs dépôts avait suffi à faire plonger le titre de 7 % en une seule séance. Cerise sur le gâteau : elle est sous le coup d’une amende colossale des autorités américaines. À moins d’un électrochoc, mon pronostic est que cette banque ne s’en sortira pas. Que va-t-il donc se passer maintenant ?

Un « bail-in » ? C'est-à-dire faire payer, dans l’ordre, les actionnaires, les gros prêteurs, les riches déposants, avant, si nécessaire, que l’État n’entre dans le capital pour une bouchée de pain, ce qui, je le répète, serait la solution de très loin la plus vertueuse.

Un sauvetage classique aux frais du contribuable (« bail-out ») ? Ce serait aller à l’encontre de la directive européenne, à peine celle-ci entrée en vigueur. Un désastre pour l’Europe.

Le rachat par une autre grande banque ? Ce serait créer un monstre encore plus gros, une fuite en avant.

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1 octobre 2016

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