Une image fréquente à propos de l’ ultralibérale financiarisée contemporaine est celle du casino. L’image est un peu facile mais elle mérite d’être approfondie, car elle ne dit pas tout. Dans ce type d’économie devenue folle, qui échappe au contrôle des peuples qui y sont embarqués, des sommes plus ou moins énormes sont misées, gagnées, perdues, brassées, envolées en dehors de toute activité économique, concrète, positive, mise en œuvre par des gens bien réels au sein d’un projet d’entreprise. Mais l’image du casino, lieu confiné et obscur où se misent des fortunes, n’est pas la seule qui puisse s’appliquer à l’économie du monde et à celle du continent qui nous intéresse le plus, à savoir l’Europe.

La deuxième image en relation avec l’-casino est celle du joueur de casino, et en particulier celle du joueur de casino en train de perdre. Dans une sorte de fuite en avant, d’effort désespéré pour retarder l’heure du décompte, il mise de plus en plus gros – il veut se refaire, comme on dit – et le résultat ne se fait pas attendre : il perd de plus en plus gros, jusqu’au point ultime où il pourrait être totalement rincé, en banqueroute complète, s’il n’admet pas à un moment donné dans la dégringolade que ce qui est déjà perdu est perdu, définitivement perdu, évanoui à tout jamais. Dans la chute pécuniaire, il faut savoir cesser de jouer et assumer ses pertes. C’est une règle d’or quand on perd : savoir s’arrêter avant que ça n’empire encore.

L’euro ressemble au jeu inventé autrefois par Coluche : « Qui perd perd, à partir de maintenant, on joue avec votre argent. » L’euro fait de nous, à notre corps défendant, les losers d’un jeu de casino sur une échelle continentale. Tout sait maintenant que l’euro est une construction ratée condamnée à disparaître. Les Allemands sont les grands gagnants de ce jeu et ils ont sans doute déjà préparé la partie suivante, dans leur grande sagesse et avec les compétences dans ce domaine qu’il faut leur reconnaître et que, hélas, nos dirigeants aveugles et sourds n’ont pas. Les grands prêtres français de l’euro – l’UMPS, pour faire simple – ne veulent pas reconnaître que leur culte à une monnaie censée exister pour l’éternité des temps à venir est voué à un échec déjà palpable. Comment avouer l’échec sans paraître donner raison au FN ? L’exercice sera sans doute difficile.

Mis à part les dégâts colossaux à l’ française, peut-être en partie irréversibles, et le de masse, totalement ingérable et qui ne peut que s’aggraver, nous, Français, nous avons déjà misé 46 milliards d’euros, puis 68 milliards dans l’euro-casino, dans le machin infernal. Il fallait prétendument « sauver » l’euro.

Il est temps d’arrêter de jouer à « qui perd perd ». Nous avons déjà beaucoup perdu dans l’euro-casino. Si nous continuons de jouer, nous perdrons encore plus.

11 avril 2014

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