Lettre ouverte à Monsieur Laurent Fabius

Vous vous offusquez, Monsieur le Ministre des Affaires Étrangères, de la réticence des pays de l’Europe de l’Est à recevoir leur quota de migrants. Il est vrai, je vous l’accorde, que lorsque l’on appartient à la même communauté, il est normal de se répartir la charge des problèmes. S’agissant de la communauté européenne, on a vu d’ailleurs récemment avec quelle spontanéité heureuse tous les partenaires sont allés porter secours aux Grecs.

Seulement, permettez-moi de vous dire, en toute franchise et avec le respect que tout citoyen doit avoir pour votre titre, que vous manquez – et en tant que ministre des Affaires étrangères, c’est assez surprenant – d’un minimum de culture historique. Prenons le cas des Baltes, par exemple. Pendant sept siècles, ils ont supporté les colons allemands devenus, avec le temps qui passe, des barons baltes, colons que leur avaient amenés les sanguinaires chevaliers Teutoniques et les chevaliers Porte-Glaive dont la mission d’évangélisation appliquée aux autochtones avait pour nom la schlague. Puis, ils ont été envahis par les Danois, ensuite par les Polonais, ensuite encore par les Suédois et, enfin, par les Russes.

En 1920 (et jusqu’en 1940), les Lituaniens ont fini par obtenir leur indépendance. Une fois encore, et dès la première année, ils ont dû vaincre militairement les Allemands puis les bolcheviques. Leur liberté ne devait pas durer longtemps : à cause des dispositions secrètes du pacte germano-soviétique, ils sont tombés sous la coupe brutale de Staline (vous savez, le dictateur bolchevique qui a dit un jour, en les évoquant : “Je ne suis pas responsable de la géographie !”). Patatras ! À peine un an plus tard, voilà cette fois qu’ils sont envahis par les nazis – dont beaucoup, il faut le reconnaître, se sont faits les complices, comme d’autres nations d’ailleurs. Et en 1945, rebelotte ! c’est le retour des Soviétiques et la déportation de milliers d’entre eux en Sibérie… L’inverse, finalement, de ce que vivent les migrants aujourd’hui. Pendant plus de 10 ans, jusqu’en 1955 donc, nombre d’entre eux sont devenus les “frères de la forêt”, luttant pour leur liberté et espérant en vain une aide de ceux qui s’autoproclamaient à l’époque les seuls vrais démocrates en ce monde : les Occidentaux.

Alors, vous qui êtes un grand démocrate – et j’irai même jusqu’à dire un grand philanthrope -, vous ne croyez pas qu’après tout ce qu’ils ont vécu, les Baltes aimeraient bien – juste un tout petit peu – profiter de leur liberté ? Cela ne fait que 25 ans qu’on leur fiche la paix, et encore ont-ils de gros problèmes : un taux de natalité catastrophique, une jeunesse qui s’en va travailler à l’étranger et de fortes minorités. Alors si, maintenant, ils doivent accueillir des Syriens, des Éthiopiens, des Soudanais, des Afghans, des Pakistanais… Comme on dit : “En matière d’invasion, ils ont déjà donné.”

Il serait déplorable qu’ils renouent avec cette propension exterminatrice odieuse qu’ils ont manifestée lors de la présence sur leur sol des nazis et dont ils ont ainsi profité. Vous savez bien qu’il faut toujours faire en sorte de ne jamais pousser les peuples à l’extrême.

J’ose espérer, Monsieur le Ministre, que ce n’est pas là ce que vous recherchez et je m’en réjouis.

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