Monsieur le directeur,

Je vous écris la présente lettre au sujet de votre sortie récente concernant une éventuelle victoire du Front national. Je me permets de la citer : « Je ne me vois pas travaillant avec une mairie Front national. Cela me semble tout à fait inimaginable. Donc je pense qu’il faudrait partir. Il n’y aurait aucune autre solution. » Comme tout bon citoyen français, vous avez pris connaissance du résultat sans appel des élections municipales.

Je n’ai aucun intérêt à défendre : je peux certifier que je connais ce parti, comme tous les Français, mais que lui ne me connaît pas. Je ne suis qu’un simple résident installé récemment près des murs qui entourent un centre-ville, qui m’a émerveillé et m’émerveille encore. Mais, pour tout vous dire, si je m’y plais en cette ville comme tant d’autres, c’est avant tout pour la culture que m’offre ses rues. Pas cinq cents mètres sans un théâtre, pas une voie dans laquelle l’on ne peut voir des affiches au mur, des lieux de discussion et de savoir, une brocante, une exposition quelconque ou une bâtisse riche d’histoire. Mon bonheur d’étudiant retient l’image chaleureuse d’un Avignon riche, vivant et haut en couleur. Toutefois, il est vrai que mon portrait est terni par un ressenti populaire que l’on est forcé de voir : l’inquiétude croissante d’une population en difficulté économique, de plus en plus effrayée par la criminalité. Il se ressent aussi la crainte de voir des gens qui ne vivent plus ensemble, en proie au communautarisme. Conséquence des politiques menées ou simple « sentiment » fondé sur la déraison ? Exagérations ? À vous de voir, votre avis sur la question importe peu, après tout.

La première fois que j’ai mis les pieds ici, ce fut durant l’été, à un moment où le festival battait son plein. Des troupes se succédaient pour présenter chacune leur pièce devant les visiteurs attablés sagement à la terrasse d’un restaurant. Le bon souvenir d’un repas que je garderai longtemps. Des pièces classiques à l’art le plus moderne, il y en avait pour tous les goûts. C’est sans doute ce festival qui a entériné ma décision de m’installer en cet endroit de France.

Et voilà que vous souhaitez le délocaliser. Estimez-vous que le gauchisme a le monopole de l’art ? Pardonnez la brutalité de ma question, mais je vous la livre telle qu’elle est venue à moi. Vous n’avez pas le monopole du beau ou du juste. Êtes-vous démocrate ? « Oui, mais je ne le suis plus si les électeurs ne votent pas correctement », me direz-vous ? Dans la mesure où le Front national n’a fait aucune déclaration sur le festival d’Avignon, je ne peux que regretter votre propos.

Délocaliser le festival ? Vous le reconnaissez, à Tataouine, ce serait autre chose. Effectivement. Si l’élection venait à vous déplaire, libre de mettre votre menace à exécution, de démissionner. Maintenant, veuillez laisser faire les électeurs.

Festives salutations.

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