Huit mois après les attentats du 13 novembre, des gendarmes du GIGN ont rendu publique une lettre anonyme dans laquelle ils reprochent à leur supérieur, le colonel Hubert Bonneau, son inaction au soir de l’attaque du Bataclan.

Quiconque a suivi un entraînement militaire et servi les armes de la peut comprendre la frustration de ces soldats d’élite.

Des années de sélection impitoyable. Des exercices au plus près du réel, avec les moyens les plus avancés. La maîtrise parfaite des explosifs. Une capacité de négociation inégalée. L’épreuve du feu en France comme à l’extérieur. Mais, surtout, une réalité qui devrait les placer définitivement au-dessus de tous les autres. Celle de la vérité d’un chiffre incontestable. Depuis la création du groupe, il y a plus de militaires tués en intervention que de morts causés par les tirs des militaires. Pour eux, la d’un civil est un échec. Tandis que celle d’un militaire est dans le contrat. Ce chiffre à lui seul devrait disqualifier toute autre unité que le GIGN lorsqu’une situation dramatique dépassant l’entendement se produit comme au Bataclan. Il devrait être comparé avec le nombre de civils tués par les unités qui se prétendent au même niveau.

L’excellence a un principe : l’obéissance. Pas de syndicat pour les soldats, pas de hiérarchies parallèles ni de réseaux occultes pour faire passer des messages. Il n’y a nulle part ailleurs que la place publique pour laver son linge sale. Alors que tous les autres se vendent, rabotent et dissimulent leurs nombreux manquements et leurs énormes erreurs pour négocier en aparté primes et moyens supplémentaires, les militaires se taisent.

Au soir du Bataclan, les militaires de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris sont sur les lieux, et ceux de Sentinelle ont bouclé la zone d’engagement dès les premières minutes. Deux de donnent l’assaut, seuls, à l’arme de poing, déclenchant une explosion… Pendant ce temps, les 20 premiers hommes du GIGN sont envoyés caserne des Célestins, où ils restent l’arme au pied, « en réserve », « juste au cas où » ; et 9 hommes du RAID sont dépêchés sur place. Deux heures plus tard, un effectif hétérogène de fonctionnaires donne l’assaut. Pendant ce temps, les 40 militaires du groupe sont envoyés aux Halles, où l’on signale une « fusillade » qui n’a jamais eu lieu. Garder en réserve la meilleure unité au monde et mettre la réserve en première ligne, voici une incongruité tactique de plus dans la longue liste de ces jours terribles. Il y a des gens qu’aucune sanction du feu n’atteindra jamais.

Un pays qui veut gagner une guerre célèbre ses victoires et distingue ses héros. Mais limoge les mauvais chefs et congédie les piètres soldats. Il serait injuste de faire une victime expiatoire du chef de la seule unité dont la conduite a été irréprochable dans ces affaires. Le colonel commandant le Groupe d’intervention est-il responsable de toute la confusion régnant à la préfecture et place Beauvau depuis Merah, et qui a éclaté au soir du Bataclan ? Une telle cacophonie ne s’étouffe que par une commission parlementaire.

Voici une lettre pas si anonyme qui tombe à point nommé pour se justifier, alors que la responsabilité de l’État (et donc de l’Intérieur) est pointée par la dans l’affaire Merah, et que la DGSE concernant le « cerveau » des attentats contredit la version jusqu’ici affirmée par l’Intérieur. Qui est le chef de l’opération contre la France ? Qui a coordonné l’assaut du Bataclan ? Combien de morts civils par les tirs des fonctionnaires de police ? Pourquoi les effectifs de police se sont partagé l’affaire comme un gros gâteau – à toi l’étage, à moi le rez-de-chaussée ?

La seule réponse a été une fanfaronnade à la gloire de « ceux qui y étaient » à Saint-Denis, au Bataclan, à l’Hyper Cacher. On verra à la prochaine.

13 juillet 2016

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