L’État islamique (en Irak et au Levant) s’inscrit dans la droite ligne de la pensée de Sayyid Qutb, et de la philosophie de l’ le plus rigoriste ; ainsi, c’est tout le passé pré-islamique, et les écoles coraniques non conformes à cette vision totalitaire, qui doivent être abattus pour créer un monde nouveau, purifié, à l’image de leur conception du divin et du message révélé selon eux par le Coran. Cet particulier ne peut se comprendre que de façon tridimensionnelle : il est un internationalisme globalisant qui entend déraciner les hommes, il est une réaction spirituelle historique aux matérialismes occidentaux du 20e siècle ; enfin, et cela rejoint sa première facette, il réfute l’arabisme et les identités profondes de cette région du monde.

L’ contemporain pratique la politique de la tabula rasa, il est à la fois réactionnaire avec le moderne et destructeur du passé. Cette théologie représente l’aboutissement de la volonté d’un monde de l’unique, créateur d’un homme nouveau entièrement soumis au fait religieux tant juridiquement que politiquement. On comprendra donc que la destruction des traces pré-islamiques dans le monde musulman soit une tâche de première importance pour ces idéologues. En témoigne le saccage du musée de Mossoul, ville irakienne et ancienne capitale de l’Assyrie.

Une vidéo publiée le 26 février par l’État islamique montre plusieurs de ces monstres détruisant à la masse des œuvres inestimables datant du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Notamment, et prioritairement, les statues anthropomorphes ou “païennes”. Ces trésors n’avaient pas de prix, ils étaient l’héritage indivis des habitants de l’Irak, et plus largement de l’humanité. Les barbares nihilistes de l’État islamique nous ont privés de témoignages importants sur la vie de ces ancêtres lointains, et sur la beauté de leur . Le crime est irréparable, majeur, et vient s’ajouter à la longue série d’abjections dont ils se sont rendus coupables et qu’ils paieront un jour.

À l’identique des nihilismes occidentaux contemporains (la en plus), tout ce qui est innommé, inconscient et poétique leur est étranger. Nous aurions d’ailleurs tort d’imaginer que seul l’État islamique saccage le patrimoine pré-islamique (et même islamique) : l’Arabie saoudite n’hésite pas à détruire des chefs-d’œuvre architecturaux pour des raisons religieuses ou économiques. Le cimetière Al-Baqui où étaient enterrés les compagnons de Mahomet a, par exemple, été détruit, de même que la mosquée de Fatima ou la tombe d’Aminata (la mère de Mahomet) ; pareillement, la maison de Khadija (la première épouse de Mahomet) a été transformée en toilettes publiques. La raison invoquée par les imams est la crainte de l’associationnisme.

Ces gens sont plus que des iconoclastes, ce sont des destructeurs de mémoire. Ils ne feront pas de même avec la nôtre car tout le sens du combat patriotique réside en la préservation de l’historicité de notre .

28 février 2015

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