Accueil Editoriaux Pourquoi l’État est-il toujours présumé coupable ?
Editoriaux - Politique - Presse - Table - 1 novembre 2014

Pourquoi l’État est-il toujours présumé coupable ?

[…] Le barrage de Sivens, dont le chantier vient d’être suspendu par le conseil général du Tarn qui n’a pas eu le courage de se déjuger totalement ou de confirmer son adhésion initiale, a vu, dans un premier temps, sa construction approuvée par certains syndicats paysans, par les agriculteurs environnants qui n’y ont vu que des bénéfices et par les conseillers généraux à une quasi-unanimité.

On peut cependant continuer à débattre de son utilité et une expertise récente a plutôt servi la cause des écologistes et des opposants à ce projet. Mais là n’est plus la question centrale depuis la mort de […].

Immédiatement, dès que cette tragédie a été connue – en 27 ans, le troisième mort lié à une manifestation –, comme toujours, le rouleau compresseur de la culpabilité a été enclenché. Et, comme d’habitude, de manière unilatérale.

Seul l’État est hautement responsable, et les gendarmes qui, attaqués durant plusieurs heures, auraient dû riposter mais sans faire mal. Et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve évidemment, qui dès le 28 octobre a interdit l’usage des grenades offensives en soulignant que ses instructions aux forces de l’ordre avaient été de faire preuve de retenue.

[…] Si certains manifestants pacifiques n’avaient pour but que de défendre une cause légitime – dès lors qu’elle ne s’accompagnait pas de violences qui la dégradaient –, d’autres appartenant à la gauche radicale (anarchistes, Anonymous, Black Bloc) n’avaient pour obsession que de susciter le désordre et la confusion, de se payer du gendarme. […]

Mais quand Rémi Fraisse, jeune homme décrit par ses proches comme pacifique, se trouve au sein d’un groupe qui n’est mû que par la volonté d’en découdre, lorsque, durant plusieurs heures, avec un niveau d’intensité rarement subi par les gendarmes, ceux-ci sont assaillis par des tirs de pierres, de boulons et de cocktails Molotov, il est logique, admissible qu’une riposte en défense soit renvoyée et dramatique qu’elle ait entraîné ce terrible effet. La gendarmerie, corps d’élite respectueux des règlements et de la discipline, avait-elle le loisir, soumise à cette incandescence et à ce harcèlement, de distinguer les “bons” écologistes des “mauvais” manifestants ? À l’évidence, non.

[…]

Pourquoi toutefois, avant même que l’information judiciaire ait révélé autre chose que l’existence de cette grenade offensive, cette présomption de culpabilité à l’encontre de ceux qui, sur le terrain ou sur le plan politique, ont pris leurs responsabilités et assumé leur mission de manière honorable ? Pourquoi le ministre Cazeneuve devrait-il démissionner ? Pourquoi l’État n’a-t-il jamais droit à la présomption d’innocence ?

[…]

L’autorité de l’État, dans un monde qui en manque, est mal perçue. Dieu sait pourtant qu’il n’en abuse pas.

Je souhaiterais qu’on respecte la présomption d’innocence des institutions, des corps et des auxiliaires de démocratie. De l’État dans sa plénitude acceptable jusqu’au plus compétent, au plus modeste, au plus exemplaire de ses serviteurs.

Extrait de : L’Etat aussi a droit à la présomption d’innocence…

À lire aussi

Ni Floyd, ni Traoré, les Mermet, symboles de cette France périphérique attaquée et abandonnée

Rien qu'une infortune discrète en France périphérique. …