« Esprit du 11 janvier, es-tu là ? » titrait le journal le samedi 9 janvier. Une bien belle manchette pour se rappeler que, le 11 janvier 2015, des millions de Français ont battu le pavé pour s’opposer (moralement) au terrorisme, pour dire « Nous sommes tous Charlie », « Pas d’amalgame », « Union nationale ». Mais il faut reconnaître, cet esprit a disparu aussi vite qu’il est arrivé.

Alors, pourquoi le ranimer ? Il y a bien eu les attentats du 13 novembre pour lequel le battage médiatique a été très important mais a nettement moins mobilisé nos dirigeants politiques nationaux et internationaux. Ont-ils défilé pour les victimes innocentes du commando mandaté par l’organisation État islamique ? Il est vrai que s’attaquer à la et à ceux des bien-pensants de « gôche » qui l’incarnaient est nettement plus vendeur que la vie de 130 pauvres hères écoutant un concert ou sirotant une boisson en terrasse. L’esprit du 11 janvier était aux abonnés absents le 13 novembre.

Un an après les attentats de Paris, et surtout un an et quelques mois avant l’élection présidentielle, il devient important, pour le pouvoir en place, de ranimer la flamme du souvenir comme celle du Soldat inconnu. Sauf qu’on préférera la seconde à la première. Alors pour ressouder le peuple sur les cendres de cet esprit (quelle épure !), le pouvoir fait appel aux ressorts éculés de la communication : inauguration d’un chêne du souvenir à l’image des arbres de la liberté plantés lors du bicentenaire de la Révolution en 1789 ; une chanson de Johnny Halliday intitulée « Un dimanche de janvier » ; une autre de Jacques Brel (voilà qui est mieux) ; la lecture du texte que Victor Hugo a proclamé le 4 septembre 1870 alors que les Prussiens étaient aux portes de Paris. Le chœur de l’ française a repris « Le Temps des cerises » qui, comme beaucoup l’ignorent, est fortement associée à la Commune de Paris, même si elle a été écrite quelques années auparavant. Bref, la cérémonie bien politisée et bien marquée à « gôche » doit rassembler le peuple français…

Mais le peuple français, qui a marqué, lors des dernières élections, son hostilité à la menée depuis des décennies par ses élites, se lasse des symboles et des grand-messes. Il est à des années-lumière de l’esprit du 11 janvier qui est très pluriel comme le fut la gauche en son temps. Pour lui, cela n’est que foutaises. Les tensions se sont-elles apaisées depuis les attentats du 11 janvier et du 13 novembre ? La et les Français sont-ils moins suspectés de racisme ? La grande fraternité tant promise a-t-elle permis de créer une véritable unité ? Non. Les Français ne sont pas dupes de cette belle mise en scène.

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11 janvier 2016

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