Giuseppina Maria Nicolini, maire de Lampedusa, ne manque pas de courage. Elle tente par tous les moyens d’alerter l’opinion publique du monde entier pour obtenir de l’aide afin d’atténuer les effets de la catastrophe humanitaire qui touche son île. Elle ne ménage pas ses critiques envers les politiques migratoires de l’Italie et de l’Union européenne et elle se désespère face aux faibles moyens dont elle dispose. Ses positions humanistes lui ont valu l’hostilité de la mafia sicilienne et elle-même et ses proches ont été victimes d’attentats, d’actes d’intimidation et de menaces.

Pourtant, les causes de cette immense tragédie — et ses solutions — ne se trouvent pas à Lampedusa, mais dans la Corne de l’Afrique.

En Somalie d’abord qui, depuis la chute du dictateur Syaad Barre en 1991, n’a pas eu de gouvernement central fort et n’a plus connu la paix. Proie de groupes armés qui font régner la terreur et la désolation, elle est en outre devenue le fief de talibans africains, connus sous le nom de chebabs. Depuis 23 années, la Somalie est déchirée par la guerre, guerre génératrice de famines à répétition. Durant cette même période, la communauté internationale s’est investie pour tenter de résoudre d’autres conflits meurtriers : ex-Yougoslavie, Cambodge, Mozambique ou Soudan du Sud. Or, elle est restée impuissante face à l’interminable guerre de Somalie.

L’ancienne colonie britannique du Somaliland, au nord-est du pays, a depuis longtemps fait sécession et ses autorités tentent vaille que vaille de construire un pays pacifique. Pourtant, cette même communauté internationale, impuissante à ramener la paix dans le reste du pays, se refuse obstinément à reconnaître la République du Somaliland et à la soutenir. Le est pourtant devenu indépendant sur des bases beaucoup plus contestables que le Somaliland…

En Érythrée ensuite. Un pays dont il n’est jamais question dans nos grands médias. Pourtant, une grande partie des malheureux de vient de ce pays. Après trente années d’une guerre terrible pour arracher son indépendance à l’Éthiopie, l’Érythrée est tombée sous la coupe du leader de l’ancien mouvement de libération, Issayas Afewerki, qui dirige son pays d’une poigne de fer, ne laissant à son peuple aucun espace de liberté. Cette ancienne colonie italienne est devenue une immense caserne, dont la population est conditionnée par la haine de l’Éthiopie que son dictateur cherche à tout prix à entretenir. La prolongation de l’état de guerre avec le grand frère ennemi lui permet de pérenniser son régime tyrannique.

L’un des aspects les plus aberrants de son système est celui du service militaire à durée indéfinie qui touche tous les jeunes, y compris les adolescents, garçons et filles. C’est ainsi que l’Érythrée, malgré sa grande pauvreté et son sous-développement, est devenu l’État le plus militarisé au monde, à égalité avec la Corée du Nord. Dans un tel contexte, qui pourrait blâmer les citoyens érythréens de vouloir s’évader de cet État-prison ? Or, la communauté internationale ne tente rien pour faire évoluer le régime liberticide érythréen vers plus d’ouverture, tant intérieure qu’extérieure. Pourquoi tant de fermeté à l’égard d’Assad et tant de tolérance envers Afewerki ? Pourtant, ce même Afewerki continue à jouer un rôle néfaste dans la région, en soutenant en sous-main les chebabs somaliens, par haine de l’Éthiopie qui, elle, est intervenue militairement, plusieurs fois, chez son voisin oriental, pour contrer ces mêmes chebabs.

L’Europe ne parviendra jamais à ériger un mur de séparation dans la mer qui sépare l’Italie des rivages de l’Afrique du Nord. Le chaos régnant en Libye et le marasme politique et économique que subit en ce moment la Tunisie ne permettront pas d’empêcher les migrants africains de risquer leur vie sur la mer. C’est donc à la source qu’il conviendrait d’agir, en intervenant de manière décisive pour, premièrement ramener la paix et la stabilité en Somalie, et deuxièmement faire pression sur le régime érythréen pour redonner à la de ces deux pays l’espoir d’un avenir meilleur.

16 décembre 2013

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