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D’habitude, pour lire du mal des Français, il était plus commode de s’en référer à la presse d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique. Pays ranci, moisi, crispé sur ses petites certitudes. Nation sur le déclin, empêtrée dans ses réglementations d’un autre temps, ses corporatismes d’un autre âge. Peuple ayant intériorisé ses innombrables lâchetés – voir les livres très contestables du très contesté Robert Paxton sur l’Occupation. La France, bonne à donner aux chiens, en quelque sorte. Et ta sœur ?

Aujourd’hui, plus la peine d’aller chercher si loin. Il suffit juste de regarder Jacques Attali sur BFMTV pour entendre le divin oracle. Ce dimanche dernier, il était question de ces salauds de taxis rechignant à la dérégulation généralisée. Sous Sarkozy, le rapport Attali – un rapport Attila, avait justement ironisé Marine Le Pen – proposait déjà de foutre en l’air des décennies d’acquis sociaux et de règles péniblement édictées. Depuis, le fringant « philosophe » a surtout l’air du gonze qui vient de passer la nuit dans une poubelle et de s’être lavé la tronche à la cireuse à godasses ; à vingt ans, on a la gueule qu’on a. Passé les cinquante berges, celle qu’on mérite…

Tout ça au nom de quoi ? Mais du progrès post-moderne, pardi. Certes, que la France souffre d’un surplus de réglementations administratives des plus ubuesques est un fait avéré par tous, et surtout ceux ayant eu le malheur de vouloir se mettre à leur compte ou d’avoir voulu monter leur petite entreprise, condamnée à connaître la crise. Mais est-ce une raison, à la façon du ladre chinois, de vouloir saucissonner l’édifice, tranche par tranche, pierre par pierre ? Travail du dimanche bientôt rendu obligatoire – demandez à une caissière de Castorama si son patron lui laisse le choix. En attendant le retour du travail de nuit pour les femmes et les enfants ? Pour les femmes, c’est déjà fait. Pour les enfants, encore un peu de patience…

Alors, oui, nos chers taxis, éternels ronchons, qui râlent contre les Arabes tandis que nombre de leurs collègues maghrébins appellent à voter FN, qui triment dur tout en étant conjointement persécutés par des voyous ignobles et des flics abrutis, n’en peuvent plus. Ils ont d’autant plus raison de se révolter qu’aujourd’hui concurrencés par des clandestins professionnels ou d’occasion. Qui ne payent pas de charges et n’ont pas à s’acquitter d’une licence : à , cette dernière peut largement se chiffrer en dizaines de milliers d’euros et sa revente garantit souvent la retraite de ceux qui n’en peuvent plus de tenir le volant plus de douze heures par jour.

Mais, pis que cette concurrence sauvage, quoique artisanale, celle issue de la mondialisation : la société américaine Uber. Laquelle a déjà connu ses titres de gloire en Inde, avec viol de passagère, en un pays où cette discipline semble malheureusement être en passe de devenir sport national. À en croire le Huffington Post, cette firme « aurait suggéré l’embauche de “personnes chargées de chercher des casseroles” dans la vie des journalistes trop curieux ». Un budget d’un million de dollars aurait même été débloqué à cet effet. C’est toujours un plaisir d’esthète d’avoir affaire à des humanistes si distingués.

Dans cette lutte entre pot de terre et pot de fer, comment ne pas défendre les tenants du premier ? Nos braves tacos parisiens, souvent pénibles, parfois un brin filous, mais sans lesquels Paris ne serait pas Paris. Et surtout lorsqu’ils se battent contre Uber, bidule transnational et parasitaire. ¡No pasarán!

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