Armées - Editoriaux - Justice - Politique - Table - 2 septembre 2016

Les six manches du tournoi

Le renouvellement du personnel politique en charge va nous occuper ces prochains mois. Deux tours de primaire pour choisir des champions (au sens historique de ce mot), puis deux tours de scrutin pour un Président, et deux tours enfin pour élire des députés, dans l’espoir que sera ratifié le choix d’un « bon » Président. L’intérêt des primaires peut sembler douteux, d’abord du fait de la redondance de cette élection privée avec un premier tour de présidentielle, et surtout au vu du désastre actuel : François Hollande est le funeste vainqueur d’une élection primaire qui n’a pas joué son rôle de sélection du meilleur champion. Mais que cela nous plaise ou non, les primaires existent, organisées par et pour les partis, afin de rationaliser la désignation du candidat qui bénéficiera du soutien officiel du parti, avec logo, financement, logistique, militants, etc.

Que dire des partis politiques ? Ils ne sont plus que des armées féodales visant à conquérir et conserver le pouvoir. La raison de vivre du parti est de faire gagner à ses chevaliers autant de tournois-scrutins où des fiefs sont mis à l’encan. Pour obtenir le droit de jouter dans un des tournois en portant les couleurs du parti, le poulain prêtera allégeance à l’un des grands féodaux, un des suzerains qui pourra, le cas échéant, rémunérer ce vassal à hauteur de ses mérites et de sa loyauté. Et tant que la relation vassal/suzerain fonctionnera, il pourra courir des tournois de plus en plus renommés, jusqu’à devenir l’un des suzerains et jouter peut-être à celui des primaires. Ça ressemble à une cooptation mafieuse ; le fief et les vassaux sont instrumentalisés au profit des ambitions personnelles. Le bien commun ne fait pas partie de la photo, ni l’usine de production d’idées neuves pour la cité qui a été délocalisée : il y a belle lurette qu’ils ont renoncé à l’idée d’en avoir (des idées, qu’alliez-vous imaginer ?). Bref, les partis sont intrinsèquement des structures perverses en abus d’objet social permanent. Mais aujourd’hui, ils organisent les tournois primaires qui désigneront les champions qui rompront les lances lors de l’ultime tournoi, pour y gagner la souveraineté non plus sur un fief, mais sur le royaume tout entier.

Le gueux que laisse nauséeux les malodorants remugles de ce brouet pourrait, dégoûté, se détourner de ces affaires : il ne veut pas de fief pour lui et se contenterait d’une vraie protection, d’une justice impartiale, de supportables dîmes et corvées qui servent tout le monde et pas seulement les seigneurs et leurs proches. Mais, à supposer hardiment que le souverain dispose d’un réel pouvoir, si le maraud ne va pas dire qu’il souhaite que telle personne entre en lice au plus modeste des tournois, il manquera alors une occasion de faire valoir sa sensibilité, ses aspirations, sa vision. Et ce n’est pas acceptable de gâcher des occasions. Au besoin avec une pince à linge sur le nez, il vaut mieux agir et voter aux primaires, même si les partis révulsent vilains et gueux.

Certains jeunes chevaliers ont récemment commis des allégeances surprenantes qui sont çà et là ressenties comme des trahisons des idéaux chevaleresque jadis affichés. Le fallacieux prétexte invoqué, c’est qu’il faudrait VOTER UTILE dès le premier tour d’une élection qui en compte quatre ! Faudrait-il alors inventer un tournoi pré-primaire pour enfin y exprimer ses convictions librement ? Ce serait grotesque ! Ils y gagneront peut-être quelques fiefs et prébendes et parviendront au statut de hobereaux, mais qu’ils se souviennent de ce dialogue datant de 987 :

« Adalbert, qui t’a fait comte ? Hugues, qui t’a fait roi ? »

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