Le film « La Ruée vers l’ » est aujourd’hui dans les salles parisiennes. C’est le fruit de l’enquête de deux journalistes chevronnées et extérieures au milieu de l’art. Il dévoile les « grands et petits secrets du marché de l’art », illustrant leur livre paru en 2011. Le spectateur les suit autour de la planète, il peut voir et entendre, de la bouche même de ceux qui fabriquent les cotes mirifiques, tout ce qu’il sait déjà sur la financiarisation de l’art. Depuis le film de Jean Luc Léon de 1996 « Un marchand, des artistes et des collectionneurs », aucun documentaire n’a suivi le couple de galeristes français dans leur travail entre Paris, New York et d’autres lieux. Avec leur approbation, il avait filmé leur vie au quotidien. À leur grande surprise, il fit scandale. Même la presse fut choquée de tant d’inculture et de trivialité. Diffusé sur Arte à la veille de la FIAC, le public stupéfait comprit alors que « l’ » était d’une autre nature que le « grand’art ».

Qu’en est-il aujourd’hui avec le film de Marianne Lamour ? Si l’on en croit les premiers articles, on note que la presse se tient à carreau, avec prudence car les annonceurs sont aussi les collectionneurs, autant ne pas en parler ! Mais les gardiens du temple crient, comme dans la revue « Beaux-Arts », au film « populiste ». D’autres dénoncent doctement un film « réducteur », « mal informé », « dépassé ». L’homme libre a intérêt à vite faire sa propre opinion : silence et anathème font disparaître les meilleurs films des salles parisiennes.

Depuis le tournant de l’an 2000, une métamorphose radicale dans la fabrication de la cote de l’art a eu lieu. La spéculation en 1996 était un jeu de marchands fonctionant en réseau ; depuis l’an 2000 l’art contemporain est devenu un produit financier dérivé et sécurisé sur un marché non régulé : les collectionneurs aux fortunes planétaires dirigent les opérations et jouent en réseau fermé avec d’autres collectionneurs amis. Ils satellisent médias, marchands, salles des ventes et institutions. Cela fonctionne comme un trust plus une entente. C’est une pratique qui sert à toute dans l’, elle a inventé une forme de cash monétaire passe-frontière. Grâce à quoi le marché de l’art contemporain a traversé l’éclatement de la bulle Internet en 2002, le krach financier de 2008 et culmine aujourd’hui, malgré la crise.

Dans ce film, on fait connaissance avec une hyperclasse moins glamour que jadis les financiers mafieux d’Hollywood… Tant d’argent ! Si peu chics et raffinés ! Le cynisme de l’entourloupe financière se retrouve dans la nature des œuvres consacrées : sérielles, manufacturées, faites sur mesure pour le marché. Tout un « business » !

24 octobre 2013

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