Discours - Editoriaux - Politique - Table - Tribune - 4 septembre 2016

Les Républicains à La Baule : “esprit de famille, où es-tu ?”

Tout y était, pourtant : le soleil, la station chic et balnéaire de La Baule et les visages bronzés sur chemises faussement décontractées. Ils sont venus, ils sont presque tous là : sur les 13 prétendants, 9 candidats LR à la primaire de la droite sont venus sourire plus blanc que blanc sur fond de teint hâlé pour un exercice de séduction médiatique assumé.

Tous sont là ou presque, mais en ordre dispersé, le panier de crabes en plus.

Déjà, l’année dernière, le campus des Jeunes LR des Pays de la Loire avait vu les sourires se crisper sur la photo de famille. Déjà, Sarkozy et Juppé s’étaient courtoisement évités. Cette année, l’université d’été des LR s’apparente plus à un casting de télé-réalité : se montrer pour plaire, discourir pour convaincre et tout faire pour éviter l’adversaire.

À l’ouverture samedi, Fillon ; à la fermeture dimanche, Sarkozy. Une distance de sécurité qui permet les logorrhées assassines et évacue d’emblée le problème de place sur la photo de famille. Pas de photo, plus d’esprit de famille.

François Fillon a trouvé son adversaire et il tire à boulets rouges dessus. Avoir été muselé pendant cinq ans, en vassal d’un Président caractériel et autoritaire, vous transforme un personnage insipide en conquistador pour moins que ça. Il a supporté beaucoup. Maintenant, il balance autant. Et tant pis si le bilan des cinq ans à Matignon ne joue pas pour lui. Car promis, il fera à l’Élysée ce qu’à Matignon il n’a même pas tenté. Touché par la grâce, en somme, de l’ambition suprême, il s’émancipe et se libère. Des idées pour la France, il en déborde, et son discours nous le ferait passer pour un perdreau de l’année.

Pas de « lutte contre le communautarisme » parce que cela revient à « ne pas nommer le problème que nous avons avec l’islam radical ». « Pas de nécessité de durcir les règles de la laïcité au prix d’atteintes inacceptables à la liberté religieuse » car ce n’est pas avec les juifs, les catholiques ou les sikhs que nous avons des problèmes mais avec « le monde musulman ». Pas question de laisser Sarkozy seul, draguer les voix du Front. Fillon veut combattre « la firme Le Pen ». La France, il l’aime et il le clame. Et tant pis s’il n’a jamais fait ce qu’il dit qu’il fera si bien.

Pris dans ce mille-feuille d’ambitions personnelles, Juppé s’est affiché en conciliateur souhaitant un « code de bonne conduite ». Il est le senior, le plus âgé, le plus rusé. « Il se contient », souffle-t-il, et « souhaite un débat, pas un pugilat ». Le reste des candidats parrainés ou pas encore, telle Nathalie Kosciusko-Morizet, y est allé de sa tribune ou accolade, durant un déjeuner qui se voulait apaisé.

Puis Nicolas Sarkozy a clôturé les universités d’été dimanche midi. En tribun aguerri, cela lui a permis de répondre mollement aux attaques reçues durant le week-end. Ni surprise, ni éclat. Le dernier qui a parlé n’a pas forcement brillé. Il a convaincu ses militants, le reste des candidats LR était déjà reparti. Pas de photo, plus vraiment de famille.

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