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Discours - Editoriaux - Politique - Société - 22 avril 2016

Les réacs sont les hors-castes de la République

Les éditorialistes et les internautes peuvent ironiser sur Alain Finkielkraut mais son gna-gna-gna-gna-gna qualifie, précisément, la parole inconsistante et répétitive de la bien-pensance et du politiquement correct.

Cet épisode en dit plus long qu’il n’y paraît sur l’état de notre société car le processus de ringardisation de Finkielkraut, le « néo-réac », est bien engagé.

Vu de Sirius, on peut s’offusquer qu’en situation d’état d’urgence, les néo-révolutionnaires de Nuit debout débattent en toute tranquillité sans jamais voir l’ombre d’un CRS, alors que les Veilleurs non violents de la Manif pour tous ont systématiquement été chassés de leurs lieux de regroupement, écopant au passage du qualificatif d’ultra-pathos réactionnaires (L’Obs).

De fait, « réac » est devenu un mot qui effraie tous ceux qui veulent rester dans le système. Fuir cette menace se décline toutes références idéologiques et sociales confondues : Nicolas Sarkozy ne souhaite plus abroger la loi Taubira, Marine Le Pen renonce au traditionnel défilé FN du 1er Mai en l’honneur de Jeanne d’Arc, Jacques Attali souhaite supprimer les jours fériés correspondant à des fêtes chrétiennes.

Chacun explique : “J’ai évolué”, dit Sarkozy, on est “capable de faire du neuf”, affirme Philippot, et Attali parle des “derniers restes de […] désignations d’origine religieuse”.

Le ringard doit être exclu du système, devenir inexistant politiquement comme socialement. Le « réac » est hors caste. Notre société ressemble aux mégalopoles indiennes.

À l’instar des castes du centre-ville, ceux du système participent à la vie politique et sociale. Se regroupent ici les préservés de l’accusation de ringardise : parmi eux, le sérail, mais aussi les salafistes et autres Frères musulmans qui, bien que prônant des pratiques et des principes d’un autre âge, échappent, paradoxalement, à l’opprobre.

Les castes ont leurs héros et leurs anti-héros, les bons et les méchants. Les héros, ce sont notamment les énarques de la célèbre promotion Voltaire et les porte-parole de la bonne conscience. Parmi les anti-héros, on a les gens des « Panama Papers », le FN, les terroristes… À l’extérieur du système, les hors-castes sont relégués dans le bidonville des intouchables : le million de participants à la Manif pour tous, les laïques se réclamant du catholicisme, Zemmour, Cassen et autres Finkielkraut…

Cette population ne cesse de s’agrandir. Surdéterminant les discours des agents du politiquement correct, la logique de l’excommunication s’est imposée comme une “pensée antérieure et extérieure à la pensée” (selon la formule du philosophe Slavoj Žižek), qui instaure en France un régime de castes jetant de facto dans le bidonville des hors-castes de la République une grande part de sa population.

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