Pardonnez-moi, Seigneur, parce que j’ai pêché. Je ne communie pas dans la passion footballistique et je ne partage pas la ferveur populacière pour nos dieux du stade. Né dans un pays recouvert de neige six mois par an, j’avais quelques excuses pour préférer le ski ou la montagne, ou la voile plus tard. Les joueurs de balles n’en restent pas moins les héros de notre temps et le football un phénomène social. On peut aussi regarder un match de foot ou de rugby avec plaisir tout en songeant que les héros d’épopée d’autrefois avaient bien plus d’allure.
 
Dans un article avant la finale, le Monde nous renseignait sur les raisons tactiques des succès de la Mannschaft. Ce sont quatre vertus qui expliquent les réussites sportives, économiques ou politiques de l’, participant du génie de son peuple ou de l’éthos de la nation : la méthode, le sérieux, la continuité, le sens collectif.
 
Heine a tout dit, voilà 150 ans, de la formidable et parfois inquiétante efficacité des Allemands. « C’est la méthode », comme dirait le professeur de musique des Contes d’Hoffmann, ou la démarche rationnelle de leurs ingénieurs qui est à la base des succès de l’industrie, de la science ou du sport allemand. Descartes aurait dû être teuton.
 
Les Français aiment moquer la lourdeur supposée, ou la lenteur, de leurs voisins parce qu’ils la confondent avec la profondeur de leur pensée et la solidité de leurs engagements, et avec la prudence, cette vertu aristotélicienne cardinale que Merkel illustre magistralement. Le sérieux allemand est l’exact opposé de la légèreté des Français, de leur inconstance, de leur futilité, qui agace tant les Allemands, et les charme parfois…
 
Les Allemands sont conservateurs, ils sont attachés à leurs coutumes. Pour eux « la continuité est un droit de l’homme » selon la belle formule d’Ortega Y Gasset. Dans le village où j’habite, les commerçants affichent fièrement qu’ils exercent depuis six générations. Les grandes entreprises conservent le nom, l’actionnariat, et jusqu’à l’enracinement dans la contrée qui les a vu naître quand le CAC40 français est un cimetière de firmes disparues, démantelées, remembrés. Les Allemands résistent mieux à la mondialisation grâce à leurs traditions populaires bien vivantes.
 
Autre cliché éculé: leur sens supposé de la discipline ou leur esprit d’obéissance. Ils ont le sens du collectif, ce qui est bien différent, à l’opposé de l’individualisme gallican, avec un sens du bien commun et du sacrifice de soi. Nationalmannschaft, du reste ça veut dire équipe nationale et jadis on parlait aussi de l’équipe de France, et non pas des Bleus, avant le multiculturalisme, avant que la couleur du maillot soit la seule chose qu’ils aient en commun.
 
Que les germanophobes se rassurent cependant. Si la France fut l’une des dernières à succomber à la passion du foot, cela doit tenir au génie de son peuple, jadis le plus intelligent et raffiné qui soit. Tandis que l’Allemagne en s’abandonnant à la culture sun, sex and fun des love et autre techno parade et du football, aura trahi son génie national fait de haute culture philosophique, spiritualiste et musical. 

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