Les prévisions, surtout politiques, manquent assez généralement leur cible : le futur qu’elles prétendent annoncer.

Je ne parle pas de celles qui, banales, sortent de la bouche des amateurs, du commun des mortels, des citoyens quand ils s’aventurent, dans la quotidienneté, à anticiper et à jouer les devins. Pour devancer les critiques, j’avoue volontiers que je m’étais trompé sur , dont la nouvelle candidature me paraissait probable, et sur , en attachant trop d’importance, comme lui, aux intentions de vote, mais que je ne m’étais pas mépris sur le possible rejet de . Il y a des lucidités irriguées par l’hostilité.

Sur un plan politique, il y a des personnalités qui ont une incoercible propension à l’erreur : analystes, professionnels de la chose publique, journalistes. À tel point qu’on peut sans aucun risque les contredire pour se rapprocher davantage de la vérité.

Il est facile de comprendre pourquoi, en général, prévoir, c’est se tromper.

C’est formuler un jugement imprégné de fixité et, croit-on, de rationalité au sujet pourtant d’un univers évolutif, instable, construit et détruit à chaque seconde par la venue d’événements surgissant sans ordre ni cohérence et de comportements humains égarant souvent toutes les attentes. C’est se persuader que l’avenir sortira du présent comme une conséquence nécessaire ou au moins probable. C’est imaginer, en réalité, que nos désirs modèleront demain et que le futur aura l’élégance de s’accorder avec nos préférences, nos interprétations.

Ils sont légion, ceux qui, emplis d’une aura indiscutable et pas loin de se prendre pour des phares, pataugent dans le présent au point de se rendre ridicules avec leur vision de l’avenir. On les connaît tous, qu’ils aient été péremptoires ponctuellement ou acharnés globalement à errer.

Qu’on songe, par exemple, à Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Jean-Pierre Raffarin, , même François Hollande totalement contredits par la primaire de la et du centre et par le succès éclatant de François Fillon (Un président ne devrait pas dire ça…).

Puis, surtout, par la résolution farouche d’Emmanuel , dont le président de la République prévoyait qu’il ne se présenterait pas en 2017. Erreur gravissime qui rendait son abandon quasiment obligatoire. Si, au lieu de prévoir, de se tromper et de tergiverser, il s’était lancé plus vite, plus tôt, nul doute qu’il aurait mis son subtil et atypique protégé – qui n’était pas "son obligé" – dans une position plus délicate.

Prévoir, je le confirme, c’est se tromper. En même temps, faudrait-il cesser de se livrer à ce petit jeu qui rend plaisante ou amère la vie politique selon qu’on pressent un vent qui tournera bien ou mal ? Évidemment non, mais la mesure devrait interdire de s’y abandonner avec trop de délices. Prophètes à petites doses, plutôt.

Au demeurant, peut-être ceux qui s’égarent ont-ils des excuses à faire valoir. Une prévision sort d’un esprit mais suppose que celui qui est dans nos pensées sera demain aussi remarquable ou médiocre qu’il l’est aujourd’hui.

Les fossoyeurs anticipés de François Fillon étaient-ils à même de pressentir sa domination dans les joutes médiatiques ? Les adeptes d’Alain Juppé pouvaient-ils concevoir que, persuadé d’être déjà le gagnant, il serait si peu flamboyant et décisif dans ces exercices où François Fillon a fait la différence ? Et les partisans de Nicolas Sarkozy, inconditionnels comme au premier jour, étaient pardonnables puisque leur champion a révélé au contraire qu’il était usé, répétitif et non plus riche d’avenir mais gangrené de passé. Le retrait de François Hollande a surpris, à l’exception de quelques proches, parce qu’il s’opposait à tout ce que son attitude et ses manœuvres avaient laissé entrevoir clairement de ses desseins.

Prévoir, c’est se tromper, soit, mais d’une certaine manière, le futur trahit aussi et l’avenir se fait un malin plaisir de déjouer l’inévitable et de mettre de la surprise là où l’inéluctable domine.

Extrait de : Prévoir, c’est se tromper !

24 décembre 2016

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