Economie - Editoriaux - Politique - 16 mars 2016

Les petits cadeaux entretiennent l’électorat

Votre compte est dans le rouge et votre banque, qui refuse bien entendu de vous consentir la moindre facilité, vous somme de vous mettre en règle dans les meilleurs délais, faute de quoi elle se réserve de vous faire interdire, vos créanciers vous harcèlent et l’huissier qui sonne à votre porte vous remet un dernier commandement avant saisie… Dans ces conditions, il est assez probable que vous renonciez, bon gré mal gré, à prendre vos vacances aux Seychelles et à vous offrir la voiture neuve qui vous faisait rêver.

L’État, du moins tel qu’il est géré en France depuis trente ans, n’a que faire des vulgaires contraintes qui pèsent sur les simples particuliers. Son déficit budgétaire chronique, sa dette abyssale, notre balance commerciale déficitaire, la stagnation de notre économie ne lui semblent pas radicalement incompatibles, à l’occasion, avec la distribution de quelques largesses qui ne coûtent rien à nos dirigeants. L’argent qu’ils jettent par les fenêtres n’est pas le leur, mais le nôtre. En témoignent les « gestes significatifs » que le Premier ministre s’apprête à accomplir en direction, d’une part, des jeunes sans emploi, sans formation, sans débouché. Avec la généralisation de la « garantie jeunes » et le dégel du point d’indice des fonctionnaires, ce sont trois milliards qui vont donc s’ajouter aux trente et un milliards d’euros correspondant à l’engagement de ramener d’ici 2017 notre déficit aux fatidiques 3 % exigés par la Commission de Bruxelles.

Ce subit accès de générosité traduit-il au moins une politique ambitieuse et déterminée de relance de l’économie par l’accroissement du pouvoir d’achat, est-il l’expression d’une solidarité pure et désintéressée qui viserait simplement à ne laisser personne au bord du chemin ? En aucune manière. À la lumière des derniers sondages, des nouvelles claques enregistrées lors des partielles de dimanche, des consignes données de nouvelles manifestations étudiantes et syndicales, à l’approche d’une présidentielle de tous les dangers, la crainte d’un soulèvement de la jeunesse, la menace de la rue, la prise de distance d’une catégorie professionnelle traditionnellement acquise constituent l’explication triviale de ces petits cadeaux destinés à entretenir l’amitié de l’électorat de gauche.

Au fait, comment financer, dans la période difficile que nous traversons, cette rechute du recours à la dépense publique ? Des taxes ingénieuses, des prélèvements inédits, au besoin de nouveaux emprunts y pourvoiront, et le tour sera joué, une fois de plus.

L’Ancien Régime est mort de ces pratiques. Pourquoi la République y survivrait-elle ? Le retour de l’antique parabole du fisc prodigue ne peut se conclure que par une catastrophe. Mais le prince-sans-rire qui nous gouverne a visiblement fait sa devise de la sinistre boutade prêtée à Louis XV : “Après nous, le déluge.”

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