Editoriaux - Livres - Religion - Table - 18 novembre 2014

Quand les otages occidentaux cherchent du réconfort dans la foi de leurs ravisseurs…

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Un cinquième otage occidental a été décapité par l’État islamique. Fait révoltant mais aussi fait troublant, car il s’agit de l’exécution d’un Occidental converti, Peter (devenu Abdul Rahman), par – au moins – un autre Occidental converti, Maxime (devenu Abou Abdallah).

, donc, s’était converti à l’islam durant sa captivité. Selon le New York Times, « certains comme M. Foley (alias « Abu Hamza ») ont cherché du réconfort dans la foi de leurs ravisseurs, embrassant l’islam et prenant des noms musulmans ». Le journal ajoute même que « la majorité des prisonniers occidentaux s’étaient convertis durant leur captivité. Seuls quelques otages sont restés fidèles à leur religion d’origine, dont Steven Sotloff, un juif pratiquant » (exécuté également). « Il avait gardé le secret face aux djihadistes, prétendant se sentir mal pour expliquer son jeûne de Yom Kippour. »

Mais la conversion n’a pas réussi à amadouer les bourreaux, pas plus que la supplique, tête voilée, de la mère de Peter Kassig, qui dit aujourd’hui que « le Bien prévaudra, comme Dieu, aux noms divers, prévaudra », tandis que son époux, Ed Kassig, demande aux Américains et à tous ceux qui ont connu « Abdul Rahman » de prier au coucher du soleil pour lui, et organise un service réunissant chrétiens et musulmans à sa mémoire.

Bien sûr, quelle mère ne serait pas prête à voiler sa tête si cela avait une chance infime de sauver son enfant ? Bien sûr, lequel d’entre nous peut affirmer qu’après des mois de détention et de sévices tant physiques que psychologiques, il ne serait pas “stockholmisé” ? La question des otages « retournés » par les islamistes est d’ailleurs bien connue puisqu’elle a inspiré la série israélienne Hatufim, reprise dans une version américaine (Homeland). Il n’empêche. Elle donne le vertige.

L’Occident peut bombarder les positions stratégiques djihadistes mais n’est pas équipé pour lutter contre leur artillerie impalpable. Steven Sotloff était « pratiquant », il a résisté. Pas les autres, qui n’avaient aucune foi chevillée au corps.

Si prompt à dénoncer vigoureusement dans ses livres scolaires ses missionnaires au prosélytisme par trop autoritaire ou ses propres « conversions forcées » – durant la Reconquista, par exemple –, l’Occident semble admettre comme bien réelle, indiscutable, admissible, respectable, celle qui s’opère chez des otages pour le moins psychologiquement « fragiles ». Sans doute les parents de Peter Kassig, accablés par la douleur, ont-ils bien le droit que l’on respecte les moyens qu’ils se choisissent pour se consoler un peu. Mais n’est-ce pas baroque de parler de « Dieu aux noms divers », de « service réunissant chrétiens et musulmans », d’appeler son fils par son nom musulman sans se demander s’il était vraiment « libre » – et la liberté est la condition sine qua non de la conversion – quand il l’a choisi ? Que reste-t-il de la foi chrétienne occidentale ? Un syncrétisme bienveillant, une croyance vague dans un grand horloger polymorphe ?

Comme si, sur le plan spirituel, les islamistes possédaient l’arme nucléaire quand l’Occident s’était débarrassé de la sienne depuis longtemps. Que peut faire celui-ci avec sa religion ultra light en voie de disparition face à la vague de conversions, qu’elle s’opère du côté des victimes ou des bourreaux ? Les athées sont toujours – les experts le rapportent – les premières cibles.

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