Ils avaient fui la misère, la torture, la guerre pour « sauver leur peau », nous répète-t-on à l’encan. Au péril de leur vie, ils avaient bravé les éléments, avec l’espoir, au bout du chemin, de trouver l’eldorado tant rêvé. Mais d’autres, « essentiellement des Irakiens issus du Kurdistan, un territoire relativement sûr », selon les informations de , n’en peuvent plus d’attendre appartement ou entretien d’embauche. Pour eux, « l’, c’est l’enfer ».

Rien qu’à Berlin, depuis le début de l’année, ils sont à présent plus de cent, chaque semaine, à effectuer le trajet en sens inverse. Sans même attendre l’aide au retour : 300 euros le billet d’avion pour Erbîl, agrémenté, par exemple, pour une famille de cinq personnes, d’un pécule de 1.700 euros. Ballottés et entassés d’un camp de réfugiés à l’autre, souffrant d’oisiveté depuis des mois, sans aucun contact avec la population allemande, le mal du pays chevillé à l’âme, ce sont 90 % d’hommes âgés de 18 à 35 ans mais aussi de plus en plus de familles, qui, de retour au pays, soulagés, s’exclament : « C’est bon d’être au milieu des siens […] »

C’est le cas d’un plumeur de poulets, suivi par 2 au Kurdistan, qui a récupéré son emploi. Mais son frère, alléché par les « On dit que, là-bas [en Europe], tu n’as qu’à t’allonger et que le gouvernement paye pour tes dépenses […] », ne tentera pas l’expérience. C’est le cas de Zohra, qui croyait bénéficier d’un traitement pour sa fille, aveugle. C’est le cas de Kovan, coiffeur au Kurdistan – dont le père boulanger déplore ce phénomène « d’imitation, une erreur », dit-il sans détour -, qui ne supportait plus d’être parqué avec des Irakiens, des Afghans et des Pakistanais. C’est le cas de cette famille, qui, depuis deux mois, réclame ses passeports parce que « tout est compliqué pour nous, ici », qu’elle préfère encore retrouver la guerre dans son pays.

Ces retours volontaires seraient-ils les prémices de l’échec des « migrations de peuplement », préconisées noir sur blanc par l’, en mars 2000 ? La preuve éclatante que les être humains ne sont en aucun cas des individus interchangeables, renonçant sans dommages à leurs racines, aux liens avec leur familles et à ceux tissés avec leurs semblables ? « Je ne parle pas la langue, je ne me sens pas chez moi, je ne peux pas travailler, je ne fais rien de mes journées » : constat tristement réaliste de ce père de famille, qui conclut : « On repart chez nous. » Le cri du cœur.

Et en France ? Des Afghans, pris en charge par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), ont renoncé à leur rêve d’Angleterre. « Il vaut mieux retourner dans son pays parce que sans doute on a là-bas plus d’opportunité de rebondir », explique benoîtement un de ses responsables. N’aurait-il pas fallu y penser avant ? ! Et l’OFII de se féliciter de « faire en sorte que le reparte, non pas dans une position subie mais volontaire, humaniste […], avec sa fierté ». La fierté du migrant, mais le loger dans de hideux baraquements ? De plus en plus de souhaitent le retour au pays : est-ce l’indice que le ne se révèle pas si évident ?

13 mars 2016

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