Editoriaux - Histoire - International - Médias - Politique - Table - 23 septembre 2013

Les libéraux de Mutti Merkel mordent la poussière

Tempête dans un verre de schnaps outre-Rhin : le scénario insolite esquissé ici-même il y a quelques jours s’est vérifié ! Le nouveau parti de droite des « Alternatifs » – appelons-les ainsi – vient de réussir son pari : faire capoter la reconduction triomphale de Mme Merkel et de sa coalition avec les libéraux en pleine déconfiture. Avec environ 4,5 % des voix, le parti libéral du FDP – une sorte de MoDem-Bayrou sauce moutarde – s’effondre et pour la première fois de son histoire, il ne siégera plus au Bundestag.

Littéralement cannibalisés par les néoconservateurs de l’AfD – « Alternative pour l’Allemagne » –, les libéraux mordent la poussière. Ils obligent Mme Merkel, malgré son bon score, à aller faire son marché du côté des socialistes du SPD ou des Verts pour former une nouvelle majorité. Une victoire à la Pyrrhus, en quelque sorte… Car malgré son succès personnel incontestable, la chancelière a joué le mauvais cheval et perd son allié libéral, alors que son outsider à droite – l’AfD – frôle les 5 %, faisant une entrée fracassante sur la scène politique allemande.

Dans leur immense majorité, les médias français avaient fait l’impasse sur l’AfD, ne prenant guère au sérieux ce nouveau parti qualifié vaguement de populiste et auquel Sa Suffisance Le Monde accordait généreusement deux lignes de commentaires. Désormais, on sera bien obligé de parler de ce nouveau venu. On peut d’ailleurs craindre le pire dans le procès en sorcellerie qui sera sans doute intenté aux « Alternatifs » pour avoir fait trébucher la chancelière de fer. Pourtant disons-le tout net : l’AfD est peut-être un parti populiste, souverainiste sûrement, mais certainement pas néonazi comme on l’entend déjà ici ou là… L’argument infaillible est dans les tuyaux depuis ce matin, pour discréditer cette vague montante de l’électorat allemand lassé de l’allié libéral de Mme Merkel que l’AfD vient de renvoyer au placard.

L’AfD n’est pas un repaire de nostalgiques du IIIe Reich ou de crânes rasés, mais plutôt un think tank de têtes bien faites, fondé au printemps dernier par Bernd Lucke, un économiste de l’université de Hambourg qui avait claqué la porte de la CDU en raison de son désaccord avec la politique européenne de la chancelière. Ce nouveau parti – qui regrouperait déjà près de 15.000 membres – milite pour une « dissolution ordonnée » de la monnaie européenne et affirme qu’un « retour au deutschemark ne doit pas être tabou ». L’AfD ne remet pas en cause pour autant l’intégration européenne, affirmant ne pas être « anti-Europe » mais « anti-euro », et exigeant que tout transfert de souveraineté soit, au préalable, accepté par référendum. Sur la scène politique allemande, on le snobe généralement – en tout cas jusqu’à hier –, le considérant comme un parti « anti-establishment » d’inspiration conservatrice, « populiste de droite » selon ses détracteurs de gauche. Rien à voir avec le fantaisiste mouvement « Cinq étoiles » italien de Beppe Grillo ou les nervis de l’Aube dorée qui ont semé le chaos en Grèce. L’AfD serait plutôt une sorte de « nouvelle droite politique » respectable, sans complexes, une force montante avec laquelle il faudra désormais compter en Allemagne.

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