Philippe Bilger est venu à la rescousse de Mme Taubira, dont il a salué les déclarations sur TF1 ! Les voilà tous deux, avec d’autres, vent debout contre le secret professionnel de l’avocat, dont la cause serait « une affaire corporatiste toute de solidarité professionnelle et amicale ». Selon lui, le secret professionnel n’est pas un barrage hermétique dès lors qu’il est gros de telle ou telle infraction ; il poursuit que d’autres avocats dont on a moins parlé – comme le célèbre Lef Forster et tel autre choqué par l’acquisition de portables sous de fausses identités – n’ont d'ailleurs pas suivi « la ligne des pénalistes qui voudraient assurer une totale impunité au barreau ».

Non, le secret professionnel des avocats ne peut pas être un moyen d’organiser une impunité ! On n’a pas le droit d’affirmer un tel contresens. De quoi s’agit-il ? Comme celui du médecin et du prêtre, le secret professionnel de l’avocat est absolu parce qu'il s'impose à l'avocat qui n'en est que le dépositaire. C’est une charge que lui imposent la loi et sa mission. Il n’en est pas le bénéficiaire! Tête sur le billot, il ne pourrait rien dire ! Même son client ne peut pas l’en délier ! Voilà une réalité qui nous dépasse, certes. Celui qui n’a pas eu à être défendu ou qui n’a pas défendu ne peut pas comprendre…

Il est vrai que nous sommes à l'heure du relativisme. Nous n’avons plus ni le goût ni le sens de l’absolu… Aujourd’hui, tout se négocie, s’apprécie, se marchande. Il y a des exceptions à tout. Les dérogations figurant dans le Code de procédure pénale sont une entorse déjà gravissime à ce principe. Il aura fallu que l’on touche à un ancien président de la République et à son avocat pour qu’on s’en émeuve ! Tant mieux : mais combien d’écoutes entre-temps restées dans l’ombre ?

On ne doit pas pouvoir écouter un avocat lorsqu’il parle à son client ! Le fait que les transcriptions et le tri soient confiés à des officiers de police judiciaire, même sous contrôle d'un juge d'instruction, ne sont qu'un coup de bonneteau. De l’hypocrisie. L’usage grandissant du téléphone, surtout portable devenu irremplaçable, ne justifie pas une exception à ce principe. Il ne faut à aucun prix que cette communication téléphonique soit l'occasion d'un flicage ou d'un espionnage trop facile, attentatoire à une liberté fondamentale : celle de se défendre…

Car - et c'est la valeur supérieure que ne reconnaît pas M. Bilger - les justiciables ont tous les droits pour se défendre. Même celui de mentir, nous dit saint Thomas d'Aquin ! Admettre le contraire, relativiser cela, c'est remettre en cause l'un des plus anciens droits de l'homme. Il est quand même singulier que ce soit ceux qui se gargarisent de ces droits, et des principes de la révolution de 1789, qui viennent aujourd'hui les fouler aux pieds !

Pour finir, s’agissant de la question des infractions, de l’avocat « coquin », malhonnête : a-t-on besoin de le placer sur écoute pour le « coincer » ? Non ! Trois fois non. Cela n’est qu’un prétexte. Les conséquences en termes d’atteinte aux droits de la défense sont beaucoup trop lourdes, inacceptables, injustifiables. Le prix à payer serait trop fort…

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13 mars 2014

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