Entretien réalisé par Baudoin de Saxel et Timothée Macé Dubois

Un journalisme de combat « incompétent et masochiste ». Le magistrat Philippe Bilger analyse les conséquences pavloviennes que la hargne médiatique entrainera sur l’aura de Marine le Pen.

Marine le Pen était jeudi soir dernier sur le plateau de « Des Paroles et des actes ». Qu’avez-vous pensé de sa prestation ?

J’ai surtout trouvé très singulière l’attitude de certains journalistes à son égard. Il s’agit véritablement pour eux, moins d’informer sur le projet politique économique et social de la personnalité qu’ils invitent, que de montrer à quel point ils savent être des opposants intransigeants, des moralistes, et des donneurs de leçon. Marine le Pen devient de fait la bonne conscience d’un monde médiatique qui manque d’audace ! Elle est en quelque sorte un échantillon, un faire-valoir destiné à montrer à la société française qu’on a des journalistes qui savent être désagréables, arrogants, pénibles, partiaux, et prétendument libres. Or à tenter d’être audacieux, ils en deviennent grossiers.

Cet acharnement médiatique peut-il in fine servir la cause du Front national ?

À partir du moment où, dans le champ républicain, Marine le Pen n’est pas traitée de la même manière que d’autres personnalités politiques classiques, c’est non seulement choquant pour le citoyen qui regarde, souvent plus soucieux d’équité démocratique que d’esprit partisan, mais cela sert surtout profondément sa cause !

Car elle peut alors se poser en victime médiatique…

Et une victime qui ne se laisse pas faire ! Elle a du talent, de la riposte : les intimidations intellectuelles et la manière ostensiblement partiale avec laquelle on l’interroge ne la gênent pas, bien au contraire. Pourtant, si on la traitait comme les autres, on verrait alors apparaître ses faiblesses conceptuelles, économiques, et sociales, et peut-être certaines lacunes du personnage. Mais, pour ce faire, encore faudrait-il poser des questions fines et pénétrantes, un peu à la manière de François Lenglet jeudi.

Dans ces conditions, sa présence au second tour en 2017 est-elle probable ?

Oui et les journalistes en seront les premiers responsables ! Si, à titre personnel, je ne voterai jamais Front national, je ne suis pas le seul à penser que les équités démocratique et médiatique sont au-dessus de l’esprit partisan. Dans ces conditions, sa présence au second tour deviendra plus qu’une hypothèse ou une éventualité, ce sera une certitude. Et cette configuration laissera bien entendu un boulevard à François Hollande…

23 février 2013

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