Culture - Editoriaux - Polémiques - Politique - Table - Théâtre - 19 juillet 2014

Les intermittences de la grossièreté

Plus personne ne comprend rien au conflit des intermittents, pourquoi il dure et qu’on continue à en parler.

Plus personne n’est sensible à ce mélange de culture et d’idéologie, de partisan et de théâtral qui conduit des artistes à clamer et à la fois à déclamer.

On a l’impression qu’à un certain moment, des polémiques et des controverses, même quand elles n’ont plus de fond pour se nourrir, continuent comme une sorte de mécanique dont les citoyens se désintéressent et qui ne concernent plus, et encore!, que les professionnels de la chose.

Aurélie Filippetti n’est, de loin pas, mon ministre préféré.

Je sais à quel point elle est critiquée, même par ceux qui devraient être ses soutiens et ses alliés naturels : cette gauche qui considère que, toutes affaires cessantes, la culture mériterait d’être une priorité absolue et ne se scandalise pas, bien au contraire, de voir souvent subventionner par l’Etat des talents discutables.

Le public, cette horreur, n’est surtout pas la référence suprême mais ce qui surgit de la tête des créateurs et doit être magnifié par principe. Le succès est l’apanage des médiocres alors que le splendide hermétisme ou l’arrogante autarcie des créateurs engagés sont à féliciter.

Je ne raffole pas non plus de la personnalité de cette ministre pour l’avoir croisée. On ne peut pas dire qu’elle a fait dans la chaleur humaine, en tout cas à mon égard !

Je n’en suis que plus à l’aise pour dénoncer la manière scandaleuse dont elle a été accueillie à Avignon. A la sortie du Village du off, après une visite rapide, elle était attendue, harcelée, traquée par une bande d’intermittents excités qui, dans le plus grand désordre, la contraignaient à repartir dans sa voiture pour échapper à cette confusion pénible.

Le lendemain, elle a subi, en plus grave, les mêmes séquences intimidantes : "huée, poursuivie, interdite de théâtre, elle aura été l’héroïne et la victime d’un spectacle navrant " (Le Figaro).

Il ne s’agit pas de faire du sexisme à rebours et d’inviter à la retenue face à des femmes ministres. Dès lors qu’elles ont accepté cette fonction, elles sont soumises à la condition commune des responsables politiques.

Mais il y a des attitudes, des manifestations, des grossièretés qui déshonorent la cause qu’elles prétendent servir. En l’occurrence, elles étaient d’autant moins admissibles que cette ministre, contre les avertissements, avait eu le courage et l’honnêteté de se présenter et que par conséquent, évidemment prête à un dialogue courtois, on aurait dû avoir la courtoisie de le lui offrir.

Ce qui n’aurait rien retranché aux convictions des uns et des autres.

Ces déplorables péripéties avignonnaises, au-delà du cas de la ministre de la Culture et de la Communication, ont révélé à quel point ce pouvoir, ce gouvernement ne suscitaient pas même ce respect élémentaire que la démocratie doit à ses représentants légitimes.

Et je n’oublie pas ce que le président de la République a dû subir impavide lors du défilé du 14 juillet et qui ne l’a pas rendu éblouissant lors de l’entretien qui a suivi.

On va me rétorquer qu’on avait fait bien pire avec Nicolas Sarkozy mais je ne crois pas que le pire d’hier excuse le pire d’aujourd’hui.

Les intermittences de la grossièreté sont encore de trop !

Extrait de : Les intermittences de la grossièreté.

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