Les frontières extravagantes de l’Ukraine…

Depuis ce lundi 3 mars, le gouvernement de Kiev, à la légitimité pour le moins incertaine et vacillante, a perdu le contrôle de la Crimée, beau porte-avion surplombant la mer Noire. Pour des analystes à la Jean-Marie Colombani, Poutine voudrait retrouver une popularité interne en Russie. C’est bien curieux, car il n’est pas si impopulaire, loin de là. Alors, impérialisme frénétique ? Les Russes ont pourtant toujours été prudents en ce domaine : voir leur recul à Cuba en 1961 lors de la crise des missiles.

La Russie ne veut pas la domination du monde, elle veut tout simplement ne pas être menacée dans sa proche banlieue. C’est assez gaullien comme réflexe. Rien de plus, rien de moins. Car l’, c’est sa banlieue. Historiquement, c’est d’ailleurs le berceau de la Russie : la Russie de Kiev. En outre, depuis 1945, l’ n’a jamais été aussi grande et autant peuplée de gens qui… ne se sentent pas ukrainiens et – ce qui n’est pas rien – parlent russe et non pas ukrainien. Pourquoi ? Parce que les frontières actuelles de l’ étaient celles d’une soviétique, parfaitement intégrée à l’URSS, une URSS qui n’imaginait pas son éclatement. De là, des rattachements de territoires que l’on ne comprendrait pas autrement.

Prenons la Ruthénie subcarpatique (Oujhorod, Moukatcheve) qui appartenait à la Tchécoslovaquie en 1939 : la raison du rattachement à l’Ukraine était, pour les Russes, de pouvoir intervenir en sans passer par la Tchécoslovaquie ni la Pologne ni la Roumanie. Pratique : on l’a vu en 1956.

Autre région rattachée à l’Ukraine : le Boudjak (Bugeac, en roumain), autrement dit le sud de la Bessarabie, c’est ce qui fait que la République de Moldavie n’a pas accès à la mer. Pour quoi faire ? Eh bien, c’est ce qui permettait aux Russes, si besoin, d’intervenir en Roumanie sans passer par la Moldavie soviétique.

Quoi encore ? La Crimée, rattachée à l’Ukraine en 1954, bien que peuplée de Russes et locaux non ukrainiens ni de cœur ni de langue. Un cadeau à l’Ukraine qui ne coûtait rien à l’URSS, et fait par… l’Ukrainien Khrouchtchev. Bien sûr, était rattaché à l’Ukraine Kharkov/Kharkiv, où s’est tenu fin février un important congrès pro-russe, Donetsk et tout le bassin industriel et minier du Donbass, Marioupol, Dnipropetrovsk, Zaporojie (ex-Aleksandrovsk), ces deux dernières villes marquant le méridien entre la partie russophone à l’est et à l’ouest la partie réellement ukrainienne. Bref, les frontières de l’actuelle Ukraine posent pour tout gouvernement russe un problème, et elles ne peuvent être respectées que si l’Ukraine a une attitude de proximité avec la Russie sur les grands problèmes de politique internationale et de défense. Pas si elle devient un poste avancé de l’OTAN…

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