Editoriaux - Politique - 20 janvier 2015

Les frères Kouachi méritaient-ils d’être encore français ?

Depuis l’identification des auteurs de l’attaque contre Charlie Hebdo, on n’a cessé de nous répéter que ceux-ci étaient des « Français », et seraient même des « produits » de notre pays. C’est aller un peu vite…

Tout d’abord car ni l’idéologie politico-religieuse islamiste au nom de laquelle ils ont perpétré leurs crimes, ni même leur parcours délinquant, empruntant surtout aux codes du « gangsta » américain comme on a pu le voir dans la rediffusion d’un reportage de France 2 où l’on apercevait le jeune Cherif Kouachi, ne trouvent leurs racines dans notre nation.

Ensuite car, à tant rappeler qu’ils étaient français, on a surtout oublié de préciser qu’ils étaient franco-algériens, nés sur notre sol mais de parents étrangers. Cet « oubli » n’a rien d’anodin : politiques et commentateurs s’efforcent de faire oublier que l’immigration massive, et le communautarisme qui en découle forcément, ont été le terreau fertile de l’implantation de l’islamisme dans notre pays. Même dans le cas des conversions à l’islam radicalisé de « Français de souche », comment ne pas voir qu’elles sont aussi le fruit du communautarisme ? Elles relèvent le plus souvent d’une forme d’assimilation à l’envers dans des quartiers où la République, et même la France, ont été reléguées au second plan.

Refusant de voir les problèmes, refusant aussi de les nommer (Laurent Fabius a recommandé de seulement parler de terroristes et non de terroristes islamistes), nos politiques se condamnent donc à ne pas les résoudre. Un mauvais diagnostic n’a jamais apporté un bon remède.

Au moment où on annonce la légitime naturalisation de Lassana Bathily, peut-être pourrait-on justement en parallèle s’interroger sur tous ceux qui deviennent Français « automatiquement », sans l’avoir mérité ni même demandé ? Peut-on sérieusement trouver normal qu’un Mohammed Merah, condamné à 14 reprises avant même sa majorité (et donc avant l’acquisition de la nationalité française), soit devenu l’un de nos compatriotes ? Ne peut-on légitimement penser que notre pays aurait pu se passer de lui ? Tout comme Merah, ou Nemmouche, les frères Kouachi étaient binationaux. Au-delà de leur acquisition de la nationalité française, peut aussi se poser la question de leur maintien dans celle-ci.

Les Kouachi ont été signalés dès les années 2000 dans le milieu islamiste parisien, puis dans sa continuation djihadiste, et même repérés par les services américains au Yémen en 2011. Or, depuis des mois, le Front national réclame l’application de la déchéance de la nationalité française pour les binationaux impliqués dans des filières djihadistes. De telles mesures existent déjà dans notre droit : les articles 25 et 25-1 du Code Civil permettent la déchéance de nationalité d’une personne s’étant livrée « à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France » s’étant « produits antérieurement à l’acquisition de la nationalité française ou dans le délai de 10 ans à compter de la date de cette acquisition » ; et l’article 23-7 prévoit que « Le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré (…) avoir perdu la qualité de Français. »

Si ces mesures étaient appliquées, les frères Kouachi auraient été déchus de leur nationalité depuis longtemps, et expulsés. Alors peut-être aurions-nous pu voir Charb, Cabu, et les autres continuer à se moquer de tous, y compris du Front national !

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