Editoriaux - International - Politique - 16 juillet 2013

Les Français ont raison : nous n’avons rien à faire en Syrie !

« C’est du Proche-Orient que partira la Troisième Guerre mondiale », affirme Roland Dumas dans VSD du 4 juillet dernier. Le meilleur de nos anciens ministres des Affaires étrangères évoque le nœud israélo-palestinien – pas près d’être dénoué, tant que l’autisme israélien poussera les Palestiniens à la désespérance et, par là même, à la violence –, mais aussi la situation syrienne.

À l’origine de ce qui est rapidement devenu une guerre civile : des manifestations pacifiques, aussitôt réprimées dans le sang par le président Bachar el-Assad. Pire qu’un crime, une faute politique. Laquelle faute a vite été amplifiée par une autre bévue de taille, celle des USA et de la France qui, en prenant position de manière unilatérale dans l’affaire, ont internationalisé un conflit qui aurait pu être circonscrit aux seules frontières syriennes. La Russie de Vladimir Poutine a fait preuve de plus de sagesse, considérant qu’armer la rébellion syrienne ne ferait que propager cette guerre civile dans toute la région. Comme presque toujours, on ne l’a pas écoutée.

Du coup, l’Iran est tenu de soutenir le régime de Damas, son principal allié proche-oriental par Hezbollah libanais interposé, même si la politique étrangère de Téhéran est traditionnellement marquée du sceau de la prudence. La Turquie estime alors avoir son mot à dire. Logique. L’Arabie saoudite et le Qatar ne peuvent évidemment demeurer en reste, attisant le brasier en finançant les rebelles et en conviant les djihadistes de tous poils et de tous pays à rallier ces derniers. Avec pour résultat pervers d’exporter une conception salafiste de l’islam n’ayant historiquement rien à voir avec la tradition locale.

À rebours de ses anciens amis socialistes du gouvernement, Roland Dumas voit donc juste. Il n’est pourtant pas le seul : d’après un sondage IFOP/Atlantico daté du 12 juillet dernier, « 60 % des Français sont opposés à un engagement militaire français en Syrie ». Il est vrai qu’après le bourbier afghan, le fiasco libyen et l’aventurisme malien, les Français sont en droit de s’interroger sur cette propension élyséenne à vouloir rétablir l’ordre partout ailleurs, sauf en France…

Les récents événements tendraient à leur donner raison quant à la contagion d’un conflit devenu aujourd’hui de plus en plus incontrôlable. Selon L’Orient-Le Jour, le quotidien de référence beyrouthin, « des talibans pakistanais combattent désormais en Syrie. (…) Ce renfort survient à un moment de tensions très fortes entre les islamistes, dont le Front Al-Nosra, et l’opposition armée dirigée par l’Armée syrienne libre (ASL). Des tensions exacerbées par le meurtre, jeudi, d’un haut gradé de l’Armée syrienne libre par des membres de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), affilié à Al-Qaïda. » (15 juillet 2013)

Il n’est pas impossible qu’il s’agisse des mêmes brigadistes sous influence saoudienne qui ont fait exploser une voiture piégée, quelques jours plus tôt, dans la banlieue chiite de Beyrouth, fief du Hezbollah. Attentat qui serait peut-être la réponse aux affrontements de la fin juin, à Saïda, ville où les hommes du leader salafiste Ahmad al-Assir ont été défaits par ceux du Hezbollah, avec la complicité tacite de l’armée libanaise.

Une journaliste beyrouthine nous confie : « Le problème n’est pas de savoir si cela va exploser ou non, mais quand cela va exploser… »

Le moment est-il donc opportun pour mener une politique interventionnniste dont nous n’avons plus les moyens ? Sachant que cette politique aurait vocation à être menée par un chef d’État qui est parvenu – le fait est historique – à se faire siffler tout le long du défilé du 14 juillet ? Poser la question équivaut à y répondre.

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