Le secrétaire d’État John Kerry en visite à Paris, le 27 mars, s’est plu à présenter les avantages d’un accord transatlantique, sorte d’OTAN économique, devant un parterre d’hommes d’affaires français. Selon lui, la mise en forme de cet accord permettrait de revitaliser les économies européenne et américaine. Du côté de l’administration Obama comme du côté de la Commission européenne, l’affaire est conclue. Il faut aboutir au plus vite à ce marché transatlantique, même si des difficultés surgissent, comme celles de l’agriculture française. Au-delà des discussions officielles traitant de ce sujet, il s’agit d’aller plus loin afin de mieux comprendre les liens étroits unissant les grands responsables économiques et politiques européens à leurs homologues américains. Les instituts de recherche ou think tanks sont les vrais centres du pouvoir, de la réflexion et de l’élaboration de travaux conditionnant l’avenir des peuples à leur insu. Les Français, croyant encore naïvement à l’importance du bulletin de vote, en ignorent l’existence et se font joyeusement rouler dans la farine. Qu’on en juge plutôt en étudiant le rôle et l’action de l’Atlantic Council of the United States (ACUS).

Fondé en 1961 par d’importants hommes politiques américains comme Dean Acheson, qui joua un rôle central dans la création de l’OTAN, la mission de l’ACUS consiste à élaborer des documents de travail ou à animer des centres de réflexion chargés de renforcer les liens politiques et économiques euro-américains. Son action consiste aussi à définir une politique à l’égard de la , de la ou des pays musulmans. Elle est soutenue financièrement par de multiples sponsors comme l’ensemble des armées américaines (terre, air, mer), la Fondation Carnegie, AREVA, BAE Systems ou encore IBM. L’ACUS a été dirigé de 2009 à 2012 par Chuck Hagel, devenu secrétaire à la Défense de l’administration Obama le 27 février 2013. Cependant, c’est l’étude des différents groupes structurant cet institut qui révèle l’étroite collusion euro-américaine sur des sujets clefs. En dehors du comité directeur américain réunissant les incontournables Brent Scowcroft, Henry Kissinger, Madeleine Albright ou Frank Carlucci, l’ACUS se caractérise par des sections spécialisées dans le domaine économique, la politique internationale et la politique stratégique assurant un maillage réunissant un panel d’hommes et de femmes animés du même idéal et œuvrant dans la même direction.

Le Business and Economics Advisors Group (BEAG) est, entre autres, présidé par l’ancien vice-président de la Deutsche Bank, Caio Koch-Weser. Ancien membre de l’empire médiatique et de la Fondation Bertelsmann, actif au sein du Forum économique mondial, de l’institut Bruegel ou de l’ECFR, il collabore au sein du BEAG avec de multiples experts dont Erika Mann, ancienne députée socialiste au Parlement européen, qui a joué un rôle décisif dans l’élaboration d’un marché transatlantique dans le cadre du Réseau politique transatlantique (Transatlantic Policy Network). L’action de ce groupe s’additionne à celui de l’International Advisory Board (IAB).

Outre la présence de l’ancien président du comité directeur de Bertelsmann, Gunther Thielen, nous pouvons relever les noms aussi variés que José María Aznar, ancien Premier ministre espagnol, ou Jean-David Levitte, sherpa de l’ancien président Sarkozy. Enfin, le poids du Strategic Advisors Group (SAG) se doit d’être signalé car il est dirigé par le patron d’EADS (ancien patron d’Airbus), Thomas Enders. Étant aussi membre de l’IAB, Thomas Enders (ancien patron du think tank Atlantik-Brücke), dont l’activité officielle à la tête d’EADS est de s’opposer à son concurrent Boeing, dirige un comité au sein d’un institut, l’ACUS, chapeauté par l’appareil militaire américain.

Si après cela, vous avez encore envie de voter…

31 mars 2013

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