Je vous écris de où, une fois de plus, « l’Épire » côtoie le meilleur... Voilà qu'au pays de Pindare, un « footeux » grec, au QI aussi lumineux que celui de notre Ribéry bavarois, vient de se distinguer en saluant son fan-club par un démonstratif bras tendu de sinistre mémoire.

L'avant-centre du « PSG athénien », Giorgos Katidis, joueur de l'AEK de la capitale hellène, ignorait, paraît-il, la signification nauséabonde de ce salut dévoyé par le moustachu autrichien et cette crampe « involontaire », affirma-t-il, lui valut, malgré de plates excuses, d'être banni à vie du championnat grec. Comme pour le maire de Salonique qui a pris perpète pour avoir confondu le budget de sa ville avec son compte en ouvert dans la même banque que Cahuzac - les Grecs ne plaisantent pas avec les sanctions.

Plus près de nous — on vient encore de s'en rendre compte au Trocadéro —, le foot semble tout aussi « malade », contrairement au qui connaît rarement ce genre de débordements, pour ne pas dire jamais. Ce n'est pas, hélas, Denis Tillinac qui nous dira le contraire, à la veille de la finale de la coupe d'Europe de rugby, ce samedi à Dublin, où l'on ne risque guère d'assister à un spectacle aussi affligeant que celui donné par les hooligans parisiens.

Il s'agit cette fois d'une finale très french touch, « sang pour sang » franco-française, entre et Clermont, qui viendront laver la honte du Quinze tricolore (qui a morflé face au trèfle irlandais lors du dernier tournoi des Six Nations).

Chaque sport — et ce n'est pas l'apanage du foot — sécrète des champions parfois stupides. Mais au rugby, pour être Roger Couderc plutôt que Thierry Roland, Michalak ou Wilkinson plutôt que Ribéry ou Benzema, Chabal plutôt que le gominé Beckham et sa spice girl, il vaut mieux être intelligent et dégourdi, comme le fut l'anglais William Webb Ellis, le fort en thème du collège de qui, en 1823, « avec un joli mépris pour les règles du football, prit le premier la balle dans ses bras et courut avec... », comme le rappelle fort opportunément la plaque commémorative apposée à l'entrée de ce modeste collège du Warwickshire passé à la prospérité pour avoir codifié les premières règles du « football rugby », ce « jeu de voyous joué par des gentlemen ».

Mais n'en déplaise à nos amis britanniques, de tels exercices initiés par des adolescents (« éphébiques » en grec) ne datent pas de l'ère victorienne. Ils jalonnaient déjà les récits de l'Antiquité, au chant VIII de l'Odyssée, ou dans la description d'un jeu appelé « phéninde » par l'historien grec Athénée dans le Banquet des sophistes : « Ayant pris la balle, il se plaisait à la passer à l'un tout en évitant l'autre... Je l'ai ! Balle longue ! Passe à côté, passe au-dessus, passe derrière ! »

Ce texte, cité par Jean Lacouture dans « Le rugby, c'est un monde », aux éditions du Seuil, montre à l'évidence que, dans ce domaine comme dans d'autres, les Grecs avaient déjà tout inventé. Et ce n'est qu'un juste retour des choses si la Belle Hellène vient de renouer internationalement avec le monde de l'Ovalie où les evzones grecs ont fait plus que de la figuration contre l'équipe de la troïka européenne du Luxembourg, dans l'esprit des guerriers de Sparte et de leurs vertus d'audace, de force, d'agilité et de ruse... Quinze guerriers grecs d'une jubilation dionysiaque, née de William Webb et d'une vessie de porc, rendant dérisoires les miasmes de l'univers footballistique et de son carrosse d'or...

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17 mai 2013

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