Quand les faucons égyptiens font un pied-de-nez aux Occidentaux…

Washington se dit « profondément préoccupé ». Le ministre suédois Carl Bildt s’indigne : « Le monde doit réagir, et il réagira », s’exclame-t-il. Le sécrétaire général de l’ONU en personne s’inquiète.

De quoi ? De la vague – assez spectaculaire, il faut le dire – de condamnations à mort qui vient de frapper, en Égypte, près de sept cents partisans de l’ex-président Morsi. En tête figure même Mohammed Badie, le chef des Frères musulmans dans le pays.

La roue tourne donc, même sur les bords du Nil. Naguère encore, le parti islamiste, tout auréolé de sa victoire démocratique, se voyait prêt à guider le pays des pharaons dans l’imitation zélée du beau modèle mahométan. Certains promettaient même aux pyramides le même sort que celui des Bouddhas de Bâmiyân.

Mais un grain de sable saharien est venu enrayer la machine du progrès islamique, et la presse nous dit, navrée, que l’Égypte retombe dans la dictature militaire. D’ailleurs, il y a quelques semaines, Vladimir Poutine – le diable européen – est venu apporter son soutien au maréchal Al-Sissi, c’est vous dire…

Mohamed Morsi, quant à lui, a reçu dans sa geôle la visite de Catherine Ashton. On a les amitiés qu’on peut…

Les condamnations seront-elles exécutées ? On n’en sait rien. Qui le souhaite vraiment, d’ailleurs ? Ce que l’on sait, c’est que les plus extrémistes des extrémistes djihadistes seraient prêts à envoyer leurs frères à la mort sans sourciller, persuadés qu’ils sont d’agir dans l’esprit du mektoub islamique, et au service de l’économie divine.

Le plus fascinant, dans cette histoire, est d’observer cet attachement constant des Occidentaux – Obama et Union européenne en tête – à apporter leur soutien aux islamistes les plus déclarés et les plus radicaux. Hier en Libye et en Tunisie. Aujourd’hui en Syrie et en Égypte.

Certains pensaient sans doute que les « Printemps arabes » étaient des révolutions à sens unique et que, parés de l’onction des urnes, les islamistes plus ou moins « modérés » mèneraient leurs peuples vers un nirvana démocratique.

Mais le principe de réalité est là, il n’est pas l’œuvre de Bernard-Henri Lévy. Alors qu’Assad est en passe de remporter la victoire militaire contre des insurgés sunnites soutenus par les Européens et les Américains, l’aigle égyptien, quant à lui, fait un beau pied-de-nez aux faucons occidentaux.

À lire aussi

“Nous sommes des musulmans normaux”

Quand, confronté à un acte terroriste qui n'est pas en mesure d'être interprété comme acte…