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Editoriaux - Le débat - Société - Supplément - 6 janvier 2015

Les économistes pataugent : Najat Vallaud-Belkacem a la solution

En ce début d’année, et certes en avance sur une activité d’ordinaire réservée au printemps, j’ai une furieuse envie de faire du ménage. Trier. Déblayer. Dégager les vieux concepts et les poncifs, changer d’air, changer de “gueules” aussi. Marre de tous ces pseudo-experts qui viennent à longueur de temps nous dire ce qu’il faut faire et pourquoi ils ne l’ont pas fait, que leur solution était la bonne bien qu’elle fût erronée, leurs prévisions si justes qu’elles ne se sont jamais vérifiées, on en passe et de plus tartuffes encore…

Parmi tous ceux-là, les économistes. Ah, les économistes ! Quels braves gens, aussi fiables que les astrologues, champions pour nous prédire l’avenir dès lors qu’il s’écrit au passé. Il y a chez eux des optimistes, des déclinistes, des pour l’euro, des contre le franc, des champions de la statistique, des adorateurs de l’asymptote… mais, au final, pas un seul pour nous sortir de la m… !

Pire encore, ces gens-là se battent entre eux. C’est la guerre droite gauche, entre les « orthodoxes » et les « hétérodoxes », les néo-classiques et les archéo-modernes, les Tirole et les Piketty, les gagne-petit et les macrophages… Des mois, que dis-je, des années, des décennies que cela dure avec cette question centrale : l’économie est-elle une science ? Et si oui, est-elle une science sociale ou bien une science mathématique ? C’est, en gros, le débat – inepte au demeurant lorsqu’on se réfère à la définition du mot “science” ! – qui déchire actuellement ce monde paradoxal qui tout à la fois régit nos existences sans entretenir aucun rapport avec nos vies.

Et voilà que notre amie , tel un Louis XIV arbitrant la querelle des Anciens et des Modernes, a décidé de régler le problème. Et donc foutu encore un peu plus la pagaille dans l’université française. Notre ministre a décidé la création d’une deuxième section d’économie, intitulée « Institutions, économie, territoire et société » – et pourquoi pas « Économie, terre de contrastes » ? – qui voit se dresser sabre au clair tous les doyens de faculté, lesquels y voient pour beaucoup « un coup de pouce aux chercheurs proches de la gauche ». D’aucuns vont plus loin et assurent même qu’il s’agit d’une façon détournée de caser les médiocres qui n’ont pas réussi à décrocher leur agrégation ou publier dans des revues dignes de ce nom.

N’ayant pas gardé les cochons avec tous ces doctes personnages, nous nous garderons bien de prendre parti. Toutefois, un coup d’œil aux passes d’armes ayant émaillé leur débat permet d’en mesurer l’enjeu pour la nation. Un dénommé Pierre-Cyrille Hautcœur, auteur du rapport sur l’enseignement de l’économie remis en juin dernier au ministère, ayant dans la foulée accordé un entretien à Mediapart, ses collègues offusqués s’interrogeaient alors : « L’alternative est simple. Prend-il position en faveur d’un enseignement qui accorderait toute sa place certes au paradigme néo-classique, mais également à l’école autrichienne, aux néo-marxistes, aux régulationnistes, aux conventionnalistes, aux post-keynésiens (à ne pas confondre avec les nouveaux keynésiens), etc. ? »

C’est vrai, ça, je me le demandais aussi. Comme vous, sans doute, à l’heure de payer vos impôts ou quand vous hésitez entre le Livret A et l’assurance-vie… De ce point de vue, la réforme de Mme Najat n’est rien d’autre qu’une étape supplémentaire dans la périlleuse sodomisation des drosophiles, laquelle, hélas, contribue assez peu au redressement de la France. Bonne année quand même !

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