Conscientes que bien des stéréotypes obsolètes et blessants sont véhiculés par la terminologie propre au jeu d’échecs, les instances dirigeantes se sont réunies et ont décidé de ce qui suit.

Tout d’abord, le nom du jeu lui-même sera modifié. « Échecs », parce que stigmatisant envers les perdants, devra être abandonné. Il lui sera substitué le nom de « succès », ou « jeu de succès », plus valorisant. Le plateau de 64 cases sera donc le « succéier ».

Les noms des couleurs changent aussi, tant pour les cases du plateau que pour les pièces. Les noirs deviendront les « chromatiquement défavorisés ». Les blancs prendront dorénavant la dénomination d’« oppressivement teintés ». Il se dira, pour l’instant, que la case en bas à droite du succéier est oppressivement teintée. Pour l’instant seulement, car le Soviet léniniste échiquéen a formulé une pétition en cours d’examen afin d’évacuer une connotation politique et sociale hypocrite. Il propose de parler de cette case en la qualifiant d’« ultimement proximale et fasciste ».

Les ligues de vertu républicaines ont exigé de modifier les noms du roi et du cavalier, faisant référence à des titres nobiliaires abolis avec les privilèges. Certes, le cavalier français n’est pas le chevalier (knight) des succéiers anglo-saxons, mais c’est juste un faux nez ! Le lobby spéciste a obtenu que le cavalier soit désigné comme cheval, ce qu’il était déjà sous l’affectueux diminutif de « dada », qui sera dorénavant proscrit pour éviter de rappeler un sanguinaire dictateur africain. Le roi déchu de son nom sera, quant à lui, le tyran. La suggestion « mâle blanc hétéro de plus de 50 ans » a été écartée, n’étant pas assez concise.

Le nouveau nom du fou sera la « folle ». Les joueuses déploraient une sous-représentation des pièces féminines (tours et dames ne représentent que les 6/32 des pions et pièces), et les joueurs homosexuels souhaitaient entrer en lice. Cela tombe bien, chez les Anglo-Saxons, le fou est un évêque (bishop), donc un homme en robe, et un peu dérangé : il croit au surnaturel…

La tour, par ses références castrales, devait se voir, elle aussi, ramenée à une humilité plus compatible avec les valeurs de la république égalitaire. La « maison » sera dorénavant le terme à employer.

La dénomination de la dame, parfois abusivement identifiée comme la reine, a donné lieu à quelques empoignades. Les transsexuels, jaloux du succès des gays, voulaient la « trans » ; les féministes prolétaires, aspirant à éradiquer ce décalage social insupportable véhiculé par le nom actuel un brin désuet, voulaient un moderne et populaire la « meuf » ; et les lesbiennes, la « goudou ». Une très grosse société américaine de distribution en ligne a mis tout le monde d’accord en faisant des chèques substantiels à toutes ces associations et a imposé pour la pièce la plus puissante du jeu le nom martial d’« amazone », profitant ainsi d’une publicité récurrente.

Le Syndicat des surveillants de l’Éducation nationale ne voulait plus du terme de pion, mais l’Amicale des physiciens échéphiles souhaitait que le pion conservât un nom de particule subatomique. À titre de revanche sociale, il a été décidé qu’il deviendrait le « maximon », cette particule hypothétique constitutive du trou noir. Enfin, du trou chromatiquement défavorisé.

Pour ce qui est du roque, il eût été discriminant de poursuivre ce distinguo péjoratif entre grand et petit, en fonction du seul nombre de cases survolées par la maison (le tyran n’en parcourt jamais que deux dans un roque). Le front écologique des 64 cases a imposé que le petit roque, plus économe en énergie, devienne le roque écologique. Le grand sera, quant à lui, désigné comme le roque pollueur.

Bien sûr, rien de ce qui précède n’était sérieux. C’était juste pour rire. Pour l’instant.

À lire aussi

Loi bioéthique : lettre à mon député…

Et vous, lui avez-vous écrit ?  …