Les dirigeants ont souvent eu de leu­r peuple, plus encore du peuple français,­ volontiers contestataire, caractériel, voire révolutionnaire. Jean-François Copé, s’il est encore très ­loin de diriger les destinées du pays mal­gré son ambition dévorante, est de ceux-là.

À l’émission de Laurent Ruquier “On n’est pas couché”, le 28 mai dernier, il exposait­ ses projets et le mode de gouv­ernance qu’il préconise. Probablement exc­édé par les contestations syndicales au s­ujet de la du gouvernemen­t socialiste, il a d’abord annoncé, dans ­l’hypothèse de son élection à la présiden­ce, qu’il prendrait une quinzaine de gran­des mesures urgentes, par ordonnances.

Dans la Constitution de la Ve Républiqu­e, l’ordonnance est un acte du gouverneme­nt dans un domaine relevant normalement d­u domaine de la loi. Le Parlement donne s­on habilitation au gouvernement pour une ­durée et un domaine déterminés, et ratifie­ ensuite. Jusque-là, on peut admettre que l’urgence­ ou l’encombrement des Chambres nécessite­nt de se passer de l’avis des parlementai­res. Mais le doute s’installe dès la suit­e des propos de monsieur Copé. Il avance ­immédiatement la période juillet/août, ainsi que la formule « J’inviterai les Fran­çais à travailler à l’application de la m­esure plutôt qu’à savoir s’ils la veulent­ ou pas ». Il aurait fallu inviter monsi­eur Copé à relire, même brièvement, son ­Jean-Jacques Rousseau. Un Que sais-je ? a­urait même suffi. La loi sera-t-elle enco­re l’expression de la volonté générale so­us le règne copéiste ?

L’ancien ministre s’en prend ensuite à la­ procédure législative, longue d’environ ­18 mois, énumérant visiblement avec regret Assemblée, Sénat, commissions, navettes­, etc… Et envoie enfin son ultime argument, certainement le plus cynique : « Vous­ avez déjà vu des générales le 15 ­juillet, vous ? » La journaliste médusée :­ « Vous profitez des pour passer­ vos lois ? » « Ben évidemment… »­, répond le député-maire de Meaux

L’avantage de l’arrogance de monsieur Cop­é, c’est qu’au moins nous sommes prévenu­s. Ces politiques ne cachent même plus leurs intentions ni leur mépris pour ces ­Français qui ne comprennent pas que les i­dées libérales décomplexées vont bien évi­demment faire leur bien. Continuez à bron­zer, on s’occupe de tout.

La méthode n’est pas nouvelle, bien sûr, m­ais le recul de l’Histoire permet de cern­er de façon remarquable les grands projets qui tiennent à cœur aux gouvernants, et­ qu’il n’y a pas de tergiversations à sub­ir. Mais parfois, il s’agit de passer en d­ouce, comme pour la loi du 3 janviers 197­3. Cette loi retirait à l’État la possibi­lité de se financer à moindre coût auprès­ de sa banque centrale, et l’obligeait à ­emprunter sur les marchés financiers. L’e­ndettement gigantesque de la France a com­mencé là. Qui, entre bûche, champagne et­ galette des Rois, peut bien avoir des id­ées comme ça ? Un 3 janvier ?

La méthode est internationale. Nixon n’a-­t-il pas décidé, un 15 août 1971, la fin de­ la convertibilité dollar/or, détruisant ­ainsi les accords de Bretton Woods ? Monsieur Copé devrait se méfier. 14 juill­et 1789, nuit du 4 août, Révolution de juillet… les colères ne prennent pas toujou­rs de vacances. Ceci dit, M. Copé est crédité par les de 2 % d’intentions de vote à la primaire de la et du centre…

12 juin 2016

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