En son temps, La Fontaine en aurait sans doute fait une fable, quelque chose comme « Le Parigot, le pécore et ses vaches ».

Encore une bataille de cloches, donc, qui se retrouve devant le tribunal d’Alès. Comme si la n’avait que cela à faire, trancher des histoires de clarines sinon de cornes à cul. Pour parler trivialement, c’est d’ailleurs ainsi que les choses devraient se régler : un bon coup de corne bien placé, histoire de chasser le grincheux de là où il n’aurait jamais dû s’installer.

Là, c’est à Travillargues, un petit hameau des Cévennes au dessus d’Anduze, sur les terres du Duc de Rohan. Un local, Claude Méjean, éleveur depuis 25 ans, emmène aux beaux jours ses vaches au pâturage. Un troupeau d’une centaine de bêtes, réparties sur 11 communes. Quand il passe au petit matin devant la maison du Parigot à tête de veau, on entend tinter les clarines. Trois vaches sont équipées d’une cloche d’où il résulte une insupportable nuisance sonore qui occasionne au plaignant « un état psychique d’épuisement et d’anxiété » (sic) qui l’a donc conduit à réclamer réparation. Comme les bouchons d’oreilles coûtent cher, il demande 5 000 euros pour le dommage et, si les magistrats lui donnent raison, une astreinte de 200 euros par jour en cas de non-exécution de la décision.

L’éleveur fait valoir que si les Causses et les Cévennes sont inscrits au mondial de l’Unesco, c’est bien sûr en raison de leurs paysages grandioses, mais aussi et surtout parce qu’on y pratique encore le pastoralisme. Autrement dit, la transhumance au moment de l’estive, et la balade des bêtes en sur les pâturages. D’où les cloches qui ne sont pas là pour faire joli mais pour repérer les bêtes quand elles s’éloignent.

Mais la bête, ici et ailleurs, c’est le citadin qui a fait son « retour à la nature », cette alyah du bobo. Celui qui s’est épris des grands espaces en sniffant des huiles essentielles chez Nature & Découverte et, après la classe verte du gamin, a décidé de faire don de sa personne à Gaia notre Mère. D’où les procès qui se multiplient à travers le pays : contre les cloches des vaches et des biquettes, contre les moutons qui bêlent, les coqs qui chantent avant l’heure du réveil, les paons qui crient à la saison des amours, les grillons qui grésillent, les grenouilles qui coassent et les cloches de l’église qui sonnent encore l’angélus. La rurale, celle qui travaille et vit encore de la terre, est désormais en butte aux procédures des paysans du dimanche, et le pire est que les magistrats, bien souvent, donnent raison au gommeux en barbour qui n’est même pas fichu de tailler sa haie.

Alphonse Allais suggérait qu’on bâtisse les villes à la campagne parce que l’air y est plus pur. Voilà son vœu exaucé : le crétin des villes aura bientôt chassé le rat des champs.

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17 décembre 2012

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