Le 2 novembre, le lendemain de la Toussaint, c’est le jour des défunts pour les catholiques. Même si elle tolère l’incinération, l’Église préfère que les corps des morts soient ensevelis et elle a bien raison !

Chaque sépulture raconte une histoire. J’aime les cimetières parce qu’on y voit le passé, le présent et ce qui nous attend. Vous lisez les écrits gravés sur les ornements funéraires qui témoignent de la douleur des proches. J’aime les cimetières parce qu’ils sont des jardins reliant les morts aux vivants.

La tombe est un lieu qui permet aux descendants de situer leur ancêtre et, ainsi, d’avoir une trace de son existence. À l’époque du virtuel où la réalité est fuie, on ne veut plus voir la en face. La mort existe bel et bien, rien ne sert de la cacher, elle arrivera tôt ou tard. La vie terrestre n’est pas comme un jeu vidéo : on ne se relève pas à la fin du film. Rien de tel que les cimetières pour nous montrer notre avenir, pour nous faire penser à la mort, à notre mort !

Il faut emmener ses enfants se recueillir sur la tombe de leurs grands-parents et de leurs aïeux. Le fait de s’arrêter devant la sépulture, de l’entretenir, est une façon de garder un lien avec le défunt. C’est l’occasion d’ouvrir l’esprit à l’au-delà.

Je souhaite être enterré et non pas incinéré car je veux nourrir la terre. J’aime penser que mon sang irriguera la patrie comme tant de héros l’ont fait sur les champs de bataille. J’insiste sur le mot « patrie », qui signifie « la terre de nos pères », celle où ils sont enterrés. C’est une raison de la respecter. La patrie est sacrée, car elle est l’immense sépulture de nos ancêtres.

Il faut se faire enterrer aussi pour l’Histoire. Pensez aux archéologues du futur. Si nos ancêtres s’étaient tous fait incinérer, nous n’aurions que peu de traces de leur existence : pas de sarcophages, pas de nécropoles.

Autre argument pour se faire enterrer et non incinérer : en cas d’autopsie décidée tardivement, si la mort paraît suspecte, il faut pouvoir disposer de la dépouille de l’éventuelle victime le plus longtemps possible. De même, en cas de recherche ADN, il faut pouvoir disposer de quelques reliques, même après des centaines d’années. Si nos rois de France s’étaient fait incinérer, nous ne pourrions plus prouver l’ascendance d’un prétendu prince du sang à la lignée incertaine.

Le philosophe et écrivain Robert Redeker a écrit de belles et justes phrases à ce sujet dans son livre Bienheureuse Vieillesse, au chapitre “Le crépuscule des cimetières” :

La crémation est la mort sans la chair, elle est le passage de la mort dans la glaciale abstraction du concept. Elle ne détruit pas seulement la personne, comme fait la mort, elle détruit en plus la matière charnelle qu’habitait cette personne […]. La crémation est un culte du Néant.

L’incinération du corps humain est tendance… elle est aux obsèques ce que le nihilisme est à la pensée.

29 octobre 2016

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