Les chausseurs français en péril

André, Minelli, San Marina… les chausseurs français tombent les uns après les autres.
Capture d'écran RMC
Capture d'écran RMC

Le chausseur André, fondé en 1896, a été placé en liquidation judiciaire par le tribunal des activités économiques de Paris le mercredi 9 septembre. Depuis le 30 juin, l’entreprise était en cessation de paiements. Des « problèmes avec le bailleur » et « l’échec des négociations » avec Westfield n’ont pas permis à la marque, fondée il y a 130 ans, de sortir de cette situation. Une trentaine de salariés devraient être licenciés.

André, qui a été le numéro un de la chaussure française dans les années 1930 et comptait 500 magasins en 1983, a amorcé son déclin au début des années 2000. Le chausseur n’a pas pris le tournant du e-commerce ni celui des sneakers et a subi la concurrence des enseignes à bas prix. Les reprises successives de la marque n’ont pas non plus été couronnées de succès. Les causes sont multiples.

André ferme sa boîte

La conséquence est loin d’être un cas unique. Avant André, d'autres chausseurs français ont connu le même sort. Le 30 mai dernier, la marque Minelli a annoncé la fermeture de son dernier magasin, après avoir passé trois ans à essayer de retrouver l’équilibre. La réduction des effectifs et la fermeture de plusieurs points de vente entre 2023 et 2026 n’ont pas suffi. Même chose, ou presque, pour San Marina, liquidée en 2023 alors que l’enseigne avait encore 163 boutiques et quelque 680 salariés.

Ces trois chausseurs ont pour point commun d’avoir été des entreprises florissantes et de ne pas avoir su conserver leur clientèle au XXIe siècle. Ils étaient, aussi, tous positionnés sur le même créneau : la chaussure de milieu de gamme.

Ce positionnement n'a pas été nécessairement favorable, mais il n'explique pas tout, puisque des chausseurs plus haut de gamme connaissent également de grandes difficultés. La maison Arche, créée en 1960 et implantée en Indre-et-Loire, a été placée en redressement judiciaire le 1er février 2024. Elle a évité la liquidation grâce à un plan de redressement sur dix ans, acté en juillet 2025, mais rien n’indique qu’il suffira à sauver l’enseigne.

Tout un secteur perd pied

L'exemple de Repetto est également intéressant. Le chausseur historiquement lié à la danse a enregistré une chute de sa production de près de 38 % en deux ans. Il vendait 130.000 paires en 2023, contre 80.000 exemplaires de ballerines, salomés, Zizi et autres richelieus en 2025. Aucun licenciement n'est pour le moment à déplorer pour cette entreprise dont l’usine est située à Saint-Médard-d'Excideuil, en Dordogne, mais plusieurs employés ont dû passer en activité partielle de longue durée en réponse à la baisse de la demande.

Plus que telle marque ou telle autre, c’est tout un secteur qui vacille, pris en étau entre la concurrence étrangère, avec laquelle - compte tenu du coût du travail en France - il est impossible de rivaliser, et la baisse du pouvoir d’achat des Français. Ces acteurs, ceux qui le peuvent encore, se relèveront-ils de cette crise sectorielle largement induite par la crise économique que connaît le pays ? Rien n’est moins sûr.

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Et certains étudiants revendiquent de venir à l’école en basquettes. Un costume avec des tennis, c’est absolument minable. Quand les gens vont’ils cesser de faire tous pareil, d’avoir leur style. Et si il n’y avait que les chausseurs qui avaient disparus !

    • non, des baskets ! et tous, les femmes, les hommes, les vieux……
      ce n’est pas qu’une question de prix mais une question de « valeurs »
      pour aller à l’école, on met des chaussures et pour aller travailler aussi (sauf bien évidemment les « techniciens et autres artisans) – chez nous, c’était comme ça et oui, ça faisait des vagues ! mais on n’a jamais cédé
      les baskets c’est pour le sport et donc dans le sac de sport.
      idem, pas de jean’s sauf les week end
      vous avez actuellement 2 générations qui n’ont jamais porté une paire de chaussures; Vous leur en mettez, ils n’arrive même plus à marcher avec !

  2. Le vrai problème de ces marques n’est pas temps le prix que le fait qu’on ait mal aux pieds pendant 3 mois (le temps que les chaussures neuves « se fassent »). Comme dans « le bonheur est dans le pré » où François Morel explique à Serrault et Mitchell qu’il est bien dans ses « Nike » et que c’est « comme des chaussons ».

  3. J’ai habité une ville qui comptait plus de quarante fabricants de chaussures dont plusieurs de réputation internationale dans les années 70. Lorsque j’ai quitté cette cité 30 ans plus tard il en restait une. Vive la mondialisation. Nous sommes devenus un peuple de « sans dents » et de va nu-pieds.

  4. Il faut aussi constater que les français ne savent pas se chausser. C’est une question d’élégance, d’éducation et d’écologie. Ils préfèrent acheter une paire de running asiatique tous les ans plutôt que d’investir dans une paire de Paraboot ou d’Heshung faite en France qui leur fera plus de 10 ans et qui se réparent. J’ai des chaussures d’une grande marque française, fabriquée près de Limoges que j’entretiens, qui ont plus de trente ans et qui restent plus élégantes qu’une paire de baskets neuves. Il faut reconnaitre aussi que les marques qui sont citées dans votre articles n’étaient pas de très grande qualité et avaient succombé à des procédés de fabrication bas de gamme qui garantissait une durée de vie à peine supérieure à celle d’une chaussure de supermarché. Autrefois les chaussures étaient un investissement, aujourd’hui c’est un consommable qui finit à la déchetterie.

    • les français  » ne savent pas se chausser » ???? Vous voulez dire  » ne peuvent pas se chausser » n’en ont plus les moyens !!! Mais vous avez raison sur l’éducation et le goût du beau et de l’élégant ! La France pays de la Haute couture ne voit que des gens habillé comme des sacs, il n’y a plus ni chapeau ni gants, ni vestes ajustées, ni jupes crayon, ni jupes qui virevoltent, ni costumes élégants, rien, que du Jean du sweat à capuche, du T- shirt, et des  » godasses » qui se veulent  » sportives » – c’est le summum de la laideur !

      • Je suis d’accord! Ma grand-mère, née en 1897, disait : « Un beau chapeau, de belles chaussures, et entre les deux tu peux mettre ce que tu veux »…Les modes changent, mais malheureusement pas en bien.

      • pour moi, l’élégance masculine, c’est Hercule Poirot ! certes désuet, mais tellement élégant ! je peux ajouter les délicieuses tenues et chapeaux de Miss Marple !! comme je regrette cette époque

  5. Les Français l’ont bien cherché en 1981 ils ont voté pour Mitterand car li y avait la promesse de travailler moins avec les 39h. Et 1 semaine de vacances de plus.
    Puis ils ont recommencé avec les 35 heures et les rtt.
    La main d’œuvre a donc augmenté et les coûts de nos fabrications ont suivi nous mettant face à une concurrence qui fait travailler les enfants alors que nous supprimions la fessée qui fait qu’aujourd’hui les jeunes ne sont plus éduqués et nous voyons le résultat.
    Il ne faut surtout pas de contraintes …

    • c’est exacte, quand vous entendes les revendications des lycéens qui se plaignent de  » trop d’heures de cours » qu’ils expriment de 8h à 17 h en omettant d’en soustraire le temps de récréation et la pose déjeuner total 2h, donc en fait ils sont présents en classe 7 h max, et ce n’est pas tout les jours le cas selon les emplois du temps vous voyez de suite que nous avons une génération de faignasses !!!

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