Après le spectacle des primaires dites de la “droite” et du centre qui, au-delà d’avoir abouti à l’investiture de , auront surtout permis de récolter les fonds nécessaires pour financer sa campagne, se pose le problème de la légitimité de son discours quant à l’avenir de notre pays.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir son programme, afin de le mettre en perspective avec la politique qu’il a menée de 2007 à 2012, alors qu’il était le chef du gouvernement et, par définition, de la majorité.

François Fillon se positionne, en effet, comme le candidat qui propose de redonner sa souveraineté à la France (pour ceux qui douteraient encore qu’elle l’a perdue), tout en omettant de rappeler qu’il est l’artisan du traité de Lisbonne imposé aux Français par la voie parlementaire, en dépit du non qu’ils avaient exprimé par référendum en 2005.

Ainsi, le gaullisme dont il n’hésite pas à se revendiquer raisonne comme une insulte à la mémoire du père de la Ve République pour qui la souveraineté nationale avait un sens au point de mettre un terme à sa carrière à l’issue d’un référendum défavorable.

Le candidat Fillon a certainement compris que l’essentiel, en politique, était de gérer les symboles, fût-ce au prix de la plus élémentaire des vérités, pariant ainsi sur l’amnésie des Français.

La question de la reconquête de notre souveraineté se pose pourtant plus que jamais, en ce qu’aucune politique n’est possible sans elle, sachant que le traité de Lisbonne a eu pour effet de la transférer à Bruxelles. Sans cette grille de lecture, aucun électeur ne peut comprendre la supercherie qui s’annonce.

Or, sur ce point, François Fillon précise clairement dans son programme qu’il n’est pas question de remettre en cause ce traité, tout en prônant l’instauration d’une Europe des nations. Il omet de dire que toute remise en cause des dispositions ayant permis à une oligarchie de technocrates non élus de gérer la politique européenne doit passer par un vote de l’ensemble des représentants des États membres s’exprimant à l’unanimité – c’est-à-dire qu’elle est impossible.

Pire encore : en grattant un peu le vernis de ce qui est présenté comme la défense de l’intérêt des Français, voire comme un regain de grandeur version gaullienne, on découvre une proposition qui donne le vertige. En effet, la promesse du candidat Fillon repose sur une réduction des dépenses de la France afin de lui redonner, dans une dizaine d’années, une position économique suffisante pour qu’elle puisse convaincre ses partenaires de redéfinir les traités qui, aujourd’hui, lui lient les mains.

En résumé, François Fillon agite des concepts fondamentaux pour séduire ceux qui sont opposés à la politique qu’il a mise en œuvre afin de la continuer en tant que chef de l’État, sans remettre en cause les racines profondes du mal que nous vivons et qui aboutissent à la situation dramatique de la France.

La seule parade à ce subterfuge est d’en appeler à la mémoire des Français, rudement éprouvée par les codes d’une société où une actualité en chasse une autre, où l’émotion prend le pas sur la raison et où ceux qui sont coresponsables des problèmes se proposent de les résoudre.

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