Les sophistes de la bien-pensance sont prêts à tout, surtout au pire. En faisant la promotion de son dernier livre (Tuez-les tous...) sur France Info, Serge Raffy ne s’en est pas privé :

Au XIIIe siècle, les catholiques n’étaient pas mieux que Al-Qaïda ou Boko Haram. Ils faisaient exactement la même chose et condamnaient au bûcher tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. On retrouve les mêmes mécanismes et le même principe totalitaire."

Cette démarche, disons-le, pèche par un manque d’originalité. Elle en est presque rédhibitoire. Serge Raffy se contente de promouvoir l’indignation convenue, préfère user de faux-fuyants hypocrites et choisit la facilité au détriment de la rigueur. Comme beaucoup, il se sert du catholicisme comme l’utile-à-en-souffrir, graissant la patte d’un microcosme journalistique qui a, depuis longtemps, renoncé à penser, qui se contente de juger et d’invectiver. Les catholiques demeurent, en quelque sorte, les vulgaires victimes de cour de récré auxquelles on donne trois paires de claques tout en leur demandant de dire merci.

D’ailleurs, qu’entend-il par « les » catholiques ? L’Église ? Les princes ? Nul ne le sait. En revanche, prendre les actes de quelques-uns pour en faire une généralité, cela porte pourtant un nom : la discrimination. Et mettre en permanence sur le même plan les religions monothéistes afin d’éviter toute critique « directe » de l’islam, c’est faire preuve de malhonnêteté, voire de lâcheté. Je n’ose imaginer les réactions si un ou un Éric venait à dire : « Les musulmans ont historiquement fait du massacre de masse une dimension incontournable de leur éthique politique. »!

Notre intellectuel commet déjà une première bévue qui consiste à confondre sans arrêt la religion et les actes liés à la contradiction humaine, tout en faisant abstraction, dans le cas qui nous intéresse, d’un contexte éminemment complexe. Si la religion devait se définir, théoriquement et empiriquement, uniquement par ses excès, il n’y aurait plus de religion ! Sur l’approche historique proprement dite : les sociétés européennes du Moyen Âge étaient fortement empreintes de religiosité. L’hérésie constituait un crime parfois pire que le meurtre. L’« erreur » n’était pas acceptée, mais cela ne voulait pas dire que les autres religions étaient exemptes, selon les cas, d’une tolérance objective liée à une situation de fait. La protection accordée par les papes (à Rome et à Avignon) à l’égard des juifs reste éloquente sur ce point.

Par ailleurs, même à une époque où les droits de l’homme n’avaient aucun sens, l’Église promouvait une égale dignité devant Dieu. Ainsi, à l’heure où Boko Haram n’hésite pas à réduire en des populations entières, l’Église condamnait et parvenait à interdire l’esclavage… dès le Moyen Âge. Ironie profonde, n’est-ce pas ! L’Inquisition elle-même n’a jamais brûlé des juifs parce que juifs ou des musulmans parce que musulmans. Quant aux malheureux qui se retrouvaient effectivement sur le bûcher, leur nombre a toujours été infime par rapport à celui des personnes condamnées. La était le dernier ressort, et non le réflexe - le but affiché par les vrais terroristes ! L’institution ne fut pas ce massacreur de masse que des historiens du XIXe siècle en phase avec l’anticléricalisme de l’époque ont voulu vendre à la postérité. Voilà des années que les auteurs travaillant sur ces questions ont fait litière de ce type de partition seulement propre à caractériser un travail partiel et partial. A contrario, aujourd’hui, extermine bel et bien des chrétiens parce que chrétiens, tue des chiites parce que chiites.

22 juin 2016

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