Mariage pour tous, euthanasie, PMA, GPA… On a le sentiment que ceux qui nous gouvernent nous tirent un peu plus chaque jour, sous couvert des intentions les plus charitables, vers une société délirante. Vous pensez qu’il est possible de lutter contre la tyrannie souriante et feutrée des bons sentiments ? 

Jacques Ellul dénonçait, dans Exégèse des nouveaux lieux communs, "l’écœurante mollesse des bons sentiments [qui] fabrique des bourreaux à la chaîne, car, ne vous y trompez pas, les bourreaux sont pleins d’idéalisme et d’humanité". Contre ce sentimentalisme, dont se farde le totalitarisme, Ellul exhortait à la résistance en termes violents : "Crevez la panse de l’idéalisme, tordez le cou aux bons sentiments, videz les émotions les plus généreuses, faites exploser le message de l’humanisme, apprenez à regarder la vérité en face…" Je crois que la réponse à votre question est contenue dans cette autre question : sommes-nous encore capables de reconnaître la vérité et de la regarder en face ? Les bons sentiments servent de masque à l’Utopie, qui est la forme la plus séduisante du mensonge : demain, les lendemains chanteront, les êtres humains seront délivrés de la mort, de la souffrance, ils seront plus beaux, plus sains, plus grands, plus forts, plus intelligents… Ainsi, l’Utopie se drape de la défroque, élimée mais sans cesse reprisée, du progressisme, qui conduit à s’écrier : « Et qu’on ne m’accuse pas d’utopie : elle seule fait avancer le monde ! » Ce qui rappelle la fameuse formule attribuée à Houphouët-Boigny : « Nous étions au bord du gouffre et nous avons fait un grand pas en avant ! » Pour résister, il faut d’abord voir le gouffre et en mesurer la profondeur et le danger.
 
Le parallèle que vous faites dans votre livre entre l’univers dans lequel nous vivons et celui - utopique - décrit par Aldous Huxley est saisissant. Osons une question naïve… Pourquoi donc seule une minorité de Français semblent, à votre instar, s’en rendre compte quand le livre de Huxley est pourtant un classique qu’on étudie dans toutes les écoles ? 

Parce que Le Meilleur des mondes de Huxley, publié en 1932, est considéré comme un livre de science-fiction : on se fait une petite frayeur en le lisant, mais on se rassure à la pensée que ce n’est qu’une fable. Malheureusement, la fable devient réalité, en épousant si fidèlement l’univers décrit par Huxley – mondialisme, disparition des nations, dévaluation de la famille et de la maternité, négation des identités sexuées, dissociation de la sexualité et de la reproduction, eugénisme, tri embryonnaire, ectogénèse, etc. – que l’on peut légitimement se demander si l’auteur du Meilleur des mondes était une sorte de prophète, ou bien un initié qui a décrit un projet dont il avait été informé au cours de conversations avec son frère Julian, biologiste eugéniste, premier directeur général de l’UNESCO et fondateur du WWF… Le rapprochement du modèle de société occidental avec Le Meilleur des mondes, porté par l’hégémonie américaine et appuyé par les Nations unies, correspondrait alors à un plan progressivement mis en œuvre depuis les années 1950. S’appuyant sur les progrès scientifiques et technologiques, il vise à recréer l’homme à son idée, par le bouleversement des mœurs et l’instauration d’un nouvel ordre mondial. Le transhumanisme vient, aujourd’hui, ajouter à ce programme anthropologique un chapitre qui n’est pas le moins inquiétant.   
 
On parle souvent, notamment sur le site Boulevard Voltaire, « d’inquiétude identitaire »… Est-ce que la première identité, de laquelle découlent toutes les autres, n’est pas l’identité familiale ? 

Bien sûr. La famille – à commencer par le ventre maternel – est le premier lieu, et le plus naturel, où l’enfant est accueilli. Elle est aussi le lieu d’éducation, donc de transmission, ce qui fait de chaque enfant un héritier. Elle est enfin le terreau privilégié dans lequel l’homme s’enracine : c’est ce qui explique que les blessures soient si vives lorsque l’enfant se sent rejeté ou maltraité par les siens. Mais parce qu’elle transmet l’héritage, la culture et les traditions dont elle est dépositaire, elle apparaît aussi, aux yeux des constructeurs du nouvel ordre, comme un bastion conservateur dont la destruction s’impose d’autant plus qu’il échappe au contrôle de l’État totalitaire. Or, les sociétés démocratiques et sociales-libérales sont parvenues à ébranler davantage la famille que n’y sont jamais parvenues les grandes dictatures du XXe siècle. Il leur a suffi, pour cela, d’instiller la lutte des sexes au sein du couple et dans la loi, au nom de l’égalité entre l’homme et la femme, selon un schéma marxiste déjà décrit par Engels. Après la paternité, c’est au tour de la d’être attaquée par les architectes du nouvel ordre, avec l’objectif de contrôler l’enfant, futur citoyen du Meilleur des mondes.

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

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26 avril 2015

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