Editoriaux - Education - Histoire - 3 mars 2019

« Les bienfaits » de la colonisation « pour les populations colonisées » : une instit’ de CM2 a osé !

“Au départ, on s’est dit, c’est trop gros, c’est une blague”, a commenté Ghyslain Vedeux dans un communiqué. À vrai dire, j’ai eu la même réaction. Mais pas sur le même ton. Ghyslain Vedeux est le président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Pour lui, “ça pose un énorme problème”, c’est même proprement “insupportable” qu’on puisse évoquer les “bienfaits [de la colonisation] pour les populations colonisées”. « A fortiori dans l’Éducation nationale, avec des enfants du primaire. » Moi qui ne suis présidente de rien du tout, simplement enseignante et mère de famille, je salue le courage et l’honnêteté de ce professeur. Et, quoiqu’on ne me demande pas mon avis, et pour paraphraser Montesquieu (l’ironie en moins), si j’avais à soutenir le droit qu’il a eu de donner cette leçon, voici ce que je dirais :

Cette enseignante n’a pas fait la “propagande coloniale” que lui reproche M. Vedeux, puisque l’enquête diligentée par le directeur académique a déterminé que ce cours “n’est qu’une partie de cinq leçons” et que “tous les aspects de la colonisation, y compris dans le contexte de l’époque, en insistant sur les aspects négatifs” ont été étudiés (1).

Ce que France Info appelle de “supposés “bienfaits”” sont des réalités : “D’abord les colons ont apporté l’instruction et une langue commune à des peuples qui vivaient sur le même territoire […] De plus, ils ont apporté les soins médicaux, et ont limité les morts d’enfants et d’adultes. Enfin, ils ont développé des trains et des routes, facilitant le transport des hommes et des marchandises”, rappelait simplement l’enseignante incriminée. (2)

L’Éducation nationale a, précisément, pour mission de veiller à ce que l’Histoire soit enseignée de manière objective.

La partialité de nombre d’enseignants et de manuels scolaires sur d’autres sujets n’émeut pas le CRAN ni grand monde. Combien de fois ai-je interrogé, au bac, des élèves qui s’indignaient avec Marguerite Duras de “l’exploitation criminelle des travailleurs “indigènes””  (3) en Indochine mais ignoraient les exactions du FLN ou l’existence des harkis en Algérie ? Combien qui pleuraient sur le « nègre de Surinam » de Voltaire en condamnant le Code noir de Colbert, sans savoir qu’à l’époque, il avait constitué un progrès dans le traitement des esclaves ? Combien qui dénonçaient avec la même fougue que Montesquieu (sinon la même éloquence) « l’abomination » que fut l’Inquisition en s’extasiant sur la Révolution française, oubliant que la Terreur, en quelques mois, a exécuté treize fois plus d’hommes et de femmes que l’Inquisition en cinq siècles ?

Ce regard borgne sur l’histoire de la colonisation est non seulement malhonnête mais dangereux. Il cultive, en effet, un sentiment délétère de culpabilité chez les Français « de souche » et la haine de la France chez les autres : “Les jeunes Français d’origine maghrébine […] ont été élevés avec l’idée que la France aurait commis des crimes à l’égard de leurs aïeux. Comment pourraient-ils aimer la France dans ces conditions […] ?” (Jean Sévillia, Le Figaro, 15 février 2017)

Or, l’actualité nous le rappelle chaque jour, il est plus que temps de faire aimer la France à tous les Français.

(1) Méfiance ou diplomatie, l’inspecteur et le conseiller pédagogique de la circonscription ont néanmoins été dépêchés dans l’école pour un “suivi très attentif”.

(2) Pour mémoire, le deuxième alinéa de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 prescrivait aux historiens et aux enseignants de rappeler le “rôle positif” de la colonisation, mots introduits par un amendement de notre ami Christian Vanneste. Il n’a été abrogé par décret du 15 février 2006 que sous la pression de certains historiens qui estimaient que cette loi avait “restreint la liberté de l’historien” et non parce qu’il ne correspondait pas à une vérité historique.

(3) Méthodes et Pratiques, Éd. Hatier, 2011, p. 307

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