La une de la dernière fournée de , représentant Stromae chantant « Papa où t’es » et se voyant répondre « ici » et « là » par quelques bouts de chair et d’os éparpillés, a suscité son lot de commentaires et d’indignations en . Le pays à l’humour décalé et surréaliste n’est guère habitué à la satire « bête et méchante ».

En janvier dernier, après la première vague d’attentats ayant touché , laissant sur le carreau Charb, Cabu, Tignous et quelques-uns de leurs acolytes, les Belges s’étaient rassemblés sur différentes places du royaume pour témoigner de leur sympathie sincère à la fois pour les caricaturistes abattus et pour le peuple français. Le slogan « Je suis Charlie » avait d’ailleurs été abondamment repris, à Charleroi, Bruxelles, Liège, Namur, jusque dans les plus petits villages.

La dernière une de l’hebdomadaire satirique a donc choqué de nombreux Belges, plus habitués aux traits de Philippe Geluck. Preuve de leur grande , il ne leur viendrait heureusement pas à l’idée de descendre sur Paris pour régler leurs comptes avec Riss, auteur du dessin polémique. Charlie Hebdo n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : à la du roi Baudouin, en plein cœur de l’été 1993, plongeant la Belgique dans le deuil, le journal corrosif avait titré : « Le roi des cons est mort. » Les « cons » saluent aujourd’hui la mémoire de Wolinski.

Bien sûr, la caricature faite de Stromae et des attentats est de mauvais goût, déplacée et vulgaire – d’autant plus que le père du chanteur est mort lors du génocide rwandais -, comme de nombreux dessins d’ailleurs occupant, chaque semaine, les pages de Charlie Hebdo. Les catholiques ou les militants du en font régulièrement les frais. Et donc, aujourd’hui, les Belges.

Mais c’est justement à l’aune de notre capacité à être choqués que se mesure notre attachement à la d’expression. Celle-ci implique le droit de n’être ni drôle, ni subtil. Bref, d’être « bêtement méchant » comme Charlie. La une du dernier numéro fera encore un peu de bruit, parce que le débat n’aime rien tant que s’emparer de telles polémiques, mais, pour la plupart des Belges, tout est pardonné. Car nous sommes comme cela.

Mais, comme nous aimons aussi l’humour et que nous savons également être caustiques, je ne peux résister à l’envie de reproduire ici le texte d’un dessin circulant actuellement sur les Facebook du plat pays, en guise de réponse : « On ne va quand même pas aller vider nos chargeurs à la rédaction de Charlie. Ca a déjà été fait. » Les Belges savent aussi être Charlie.

30 mars 2016

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