Editoriaux - Politique - Table - 11 janvier 2015

Les arrière-pensées politiques sont une insulte aux victimes

Les événements tragiques que nous connaissons doivent inspirer à tous les Français du recueillement et de la compassion pour les victimes et leurs proches et, à nos gouvernants, la volonté de faire front, avec fermeté et lucidité, dans une guerre d’un genre nouveau. Il est pour le moins regrettable que l’union nationale officiellement prônée dissimule, chez certains, bien des arrière-pensées, des non-dits et des incohérences.

La plupart des dirigeants politiques ont déclaré à juste titre qu’il ne fallait surtout pas faire d’amalgame. Mais ce n’est pas résoudre le problème que de vouloir nier que ces terroristes, qu’ils se réclament d’Al-Qaïda ou de Daech, aient quelque chose à voir avec l’islam. Pour résoudre un problème, il faut d’abord le poser. Nier cette proximité, ne pas clarifier la situation, ce n’est ni protéger ni respecter les Français de confession musulmane qui, dans leur grande majorité, sont intégrés ou souhaitent l’être ; c’est une forme de lâcheté, c’est laisser le champ libre aux amalgames.

On constate, d’autre part, qu’une partie des « défenseurs » de la liberté d’expression sont ceux-là mêmes qui ont une conception à sens unique de la liberté et qui, par exemple, se sont récemment acharnés contre Éric Zemmour. Ce sont les mêmes qui veulent exclure d’une manifestation d’unité le quart des électeurs français. L’union nationale, par définition, ne devrait-elle pas passer par le rassemblement de tous les partis et de tous les Français ?

Ce sont les mêmes, enfin, qui jugent de la légitimité de la violence, y compris terroriste, en fonction des fins qu’elle vise. Les mêmes qui condamnaient la dictature chilienne mais admiraient le régime cubain. Les mêmes qui ont fait preuve de cécité devant les massacres perpétrés par les Khmers rouges. Les mêmes qui, s’ils vivaient à l’époque de la guerre d’Algérie, auraient apporté leur soutien aux porteurs de valises. Ils devraient lire un excellent ouvrage de Jacques Ellul, publié en 1966, Exégèse des nouveaux lieux communs. Ils y apprendraient qu’“il n’y a pas de violence qui libère : il n’y a que des violences qui asservissent”, que les moyens corrompent les fins, quelles qu’elles soient, et que “l’emploi de la violence aboutit immanquablement à l’établissement d’une dictature et à la négation de la liberté”.

Il est indigne d’exploiter cette tragédie à des fins politiques. Ces arrière-pensées, ces manipulations, d’où qu’elles viennent, sont comme une insulte aux victimes.

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