Editoriaux - International - Politique - 14 mars 2019

Les Allemands lâchent à leur tour Strasbourg…

C’est un serpent de mer qui agite régulièrement les milieux européens : la bataille du siège du Parlement européen, que se disputent Strasbourg et Bruxelles, vient de connaître de nouvelles péripéties.

On savait les Anglais hostiles depuis toujours à la capitale alsacienne. Voilà que nos “amis” allemands nous lâchent à leur tour. Dans une réponse, en français, à la tribune d’Emmanuel Macron, la nouvelle présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer dit vouloir “en finir avec l’anachronisme” du siège strasbourgeois du Parlement : “Nous devons prendre des décisions trop longtemps différées et abolir les anachronismes. Cela vaut notamment pour le regroupement du Parlement européen en son siège à Bruxelles.” En clair, le maintien de Strasbourg, symbolique de la réconciliation franco-allemande, appartient au passé…

Ce faisant, la nouvelle égérie de la CDU vient d’enfoncer le clou que la chancelière en personne avait planté en juin dernier lors d’un congrès du PPE (le Parti populaire européen, auquel appartiennent Les Républicains français) : “Je pense que le Parlement européen doit concentrer son travail sur un site”, avait alors déclaré Mme Merkel, ajoutant qu’elle savait que cela causerait “des problèmes à la France”. Ce qui veut dire en clair que, dans la bataille du siège, la chancelière avait rallié le camp des pro-Bruxellois devenus dorénavant majoritaires au sein de l’Union européenne. Les pays nordiques, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Belgique sont historiquement « anti-Strasbourg », rejoints en janvier dernier par le numéro 2 du gouvernement italien, venu à Strasbourg pour annoncer son hostilité au maintien du Parlement sur les bords du Rhin.

Et que fait la France, me direz-vous ? Même si l’État octroie régulièrement des millions d’euros à la ville de Strasbourg pour lui donner « les moyens de son attractivité européenne », force est de constater que les Présidents français successifs, après VGE et Mitterrand, n’ont plus que mollement défendu le siège strasbourgeois. Même la très parisienne Simone Veil, première présidente d’un Parlement européen élu au suffrage universel de 1979 à 1982, avait, au moment de sa prise de fonctions, sérieusement mis en doute les capacités de Strasbourg à assumer son destin européen. Simone Veil me l’avait alors déclaré sans ambages dans une interview exclusive au Nouvel Alsacien qui fit grand bruit dans le Landerneau strasbourgeois. “Strasbourg, c’est foutu !” m’avait-elle dit en clair, précisant au passage – pour la petite histoire – que la ville de Bruxelles avait mis un appartement à sa disposition. “Ah la garce !” s’était exclamé le maire de Strasbourg de l’époque, Pierre Pflimlin, quand je lui fis écouter ce passage (l’interview avait été enregistrée) que, bien évidemment, par décence, je n’avais pas publié…

Alors, alea jacta est ? Même celui auprès duquel je cherche régulièrement du réconfort n’arrivera pas, cette fois, à me consoler, au contraire. “Strasbourg traversé en riant/Leur avait semblé bien moins grand/Qu’une grande place de banlieue…” ironisait déjà, féroce et cruel, Jacques Brel (in “L’Amour est mort”). Il est vrai qu’il était de… Bruxelles !

NDRL : l’auteur de cette contribution a appartenu
au cabinet du président du Parlement européen Pierre Pflimlin (1984-1986).

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