En définitive, qu’est-ce qui était en jeu, qu’est-ce qui était au cœur de l’affrontement disproportionné auquel a donné lieu l’expulsion manu militari d’une famille finalement assez peu digne d’intérêt ? Tout simplement le point de savoir si la France est encore un État de droit.

Car ce que reprochaient, ce qu’osaient reprocher au préfet du Doubs et à son supérieur hiérarchique le ministre de l’Intérieur les innombrables et impétueux défenseurs de l’attachiante Leonarda, c’était d’avoir fait exécuter par les forces de l’ordre dont c’est le devoir, parfois bien difficile, une décision de justice prise en conformité avec la loi.

Ce que réclamaient à cor et à cri les manipulateurs parfaitement conscients de ce qu’ils faisaient et les jeunes inconscients qu’ils jetaient dans la rue, c’était que l’État renonçât à faire appliquer la loi et fît prévaloir la rue sur les tribunaux, l’émeute sur la police et l’émotion sur le droit.

L’émotion feinte des uns – les adultes – et le plus souvent réelle des autres – les jeunes étourneaux – trouvait un aliment dans le fait que la famille Dibrani, parents pas terribles et enfants confondus, vivait en France depuis plus de quatre ans et avait pu s’y incruster en jouant de toutes les ficelles, de la complication et de l’incroyable lenteur des procédures en vigueur (le mot de « vigueur » ayant, en l’espèce, tout de l’antiphrase). Manuel Valls a vu juste en décidant de fixer un délai raisonnable à l’admission ou au refus des demandeurs d’asile sur notre territoire.

Là-dessus, de mauvais bergers, prompts à faire flèche de tout bois (leur flèche indiquât-elle une fausse direction), ont cru pouvoir détourner et utiliser à leur profit la légitime inquiétude de la partie la plus saine de notre population en préconisant la remise en cause du séculaire droit du sol. Ce n’est pas au droit du sol qu’il faut toucher, mais à l’abus qui en est fait en permanence depuis des décennies.

Qu’un enfant né en France, grandi en France, élevé en France, éduqué en France, travaillant en France, aimant la France, n’ayant d’autre langue que le français, d’autre culture que notre culture, d’autre pays que notre pays, d’autre horizon que la France, soit admis à la nationalité française, serait-il né de parents étrangers, tombe sous le sens. C’est le contraire qui serait choquant.

En revanche, ce qui n’est pas normal, c’est que cette chance soit donnée à certains parce qu’usant de toutes les failles de notre législation, de toutes les faiblesses de notre société, de toutes les complicités politiques, financières et administratives, des immigrants sans droits (et non « sans papiers »), sans emploi, sans utilité, ont pu prolonger indéfiniment un séjour sans permis et se prévalent de cette longue illégalité pour prétendre à une légitimité qui ne résulte que de la non-sanction de leur délit.

Ce n’est pas tant la loi qu’il faut changer que le caractère, les pratiques, l’autorité de ceux qui ont la charge de la faire respecter. Nous sommes confrontés à un choix crucial entre les lois de la République et une République sans lois. Les hésitations, les tergiversations, les contorsions des plus hauts responsables de la République confrontés à un dossier aussi simple et aussi typique que celui de Leonarda et des siens nous font mesurer la déliquescence de l’État.

27 octobre 2013

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