Armées - Culture - Editoriaux - Entretiens - Industrie - Politique - Sport - Table - 7 décembre 2013

L’ennemi que vont affronter nos soldats en RCA est capable de barbarie…

La France intervient depuis jeudi en RCA. L’ensemble de la classe politique française approuve cette intervention. Fallait-il y aller ?

Depuis quelques mois (la chute de Bozize, le 24 mars), la Séléka, milice composée d’opposants centrafricains et de bandits de grands chemins (dont de nombreux étrangers soudanais et Tchadiens de confession musulmane), mettent la RCA (très majoritairement composée de chrétiens) en “coupe réglée”. Depuis mars, ces milices ont fait des centaines de victimes. La France ne peut laisser une de ses anciennes colonies sombrer dans l’anarchie sous les coups de bandes étrangères et laisser prendre nos ressortissants en otages. Quelle aurait été notre crédibilité si nous n’avions rien fait ? Et à quoi sert d’aller au Mali si on laisse sombrer la RCA ?

Il s’agit bien de défendre à la fois nos valeurs et nos intérêts de long terme, mais c’est aussi l’intérêt premier de la population centrafricaine (qui nous supplie d’intervenir). L’ennemi que vont affronter nos soldats est composé d’un ensemble de bandes de quelques milliers de prédateurs (hommes et jeunes adolescents), capables de la plus extrême violence, voire de barbarie. Il faudra donc les éliminer au plus vite et frapper fort pour éviter les exactions qu’ils sont capables de commettre à tout moment sur une population apeurée et sans défense.

Il appartient au pouvoir politique français (président et gouvernement) d’expliquer l’objectif politique visé par la France en RCA et montrer la cohérence avec le Mali et plus globalement, la finalité de notre déploiement et de notre engagement en Afrique. Cette explication est indispensable pour que les Français s’intéressent à leur armée et la soutiennent sans réserve dans ce nouvel engagement qui ne se fera pas sans pertes. En RCA, c’est donc bien la France tout entière qui s’engage et qui combat et pas seulement son armée.

François Hollande a précisé que « cette intervention sera rapide, elle n’a pas vocation à durer… » Le ministre Le Drian parle d’une durée de 6 mois… Pourtant, dès jeudi matin, le général Vincent Desportes expliquait sur place que l’intervention serait forcément longue… Qui a raison ?

La crise en RCA, qui est la énième du genre, ne se règlera pas par une intervention militaire réussie. Notre intervention comme celle au Mali doit s’inscrire dans une politique africaine de long terme. L’Afrique et notamment l’Afrique subsaharienne est un enjeu stratégique majeur pour la France dans les décennies à venir en raison de la richesse en matières premières que nous ne possédons pas et en raison de l’explosion démographique de ce continent. Son développement économique est à la fois indispensable pour maintenir la population africaine en Afrique dans des conditions de vie normale et présente une opportunité économique remarquable pour la France.

Il ne s’agit donc pas de dire que l’armée française va régler le problème de la RCA. Il faut en revanche dire que, sans intervention militaire, la situation va empirer et s’étendre à toute l’Afrique centrale. La restauration de la sécurité et de la paix en RCA est la condition indispensable pour qu’un long processus de reconstruction de l’Etat puisse démarrer. Ce processus sera long et notre présence durera plus de six mois.

N’est-il pas paradoxal, une fois de plus, de multiplier les engagements militaires à l’extérieur alors qu’on ne cesse de restreindre les budgets de l’armée ? La France a-t-elle encore réellement les moyens des ses ambitions ?

L’Afrique constitue une zone stratégique essentielle pour la France mais aussi pour l’Europe (proximité, population, matières premières). La France a encore une bonne connaissance de ce continent. Elle comprend, mieux que les autres, ses populations.

Déjà la Chine, l’Inde et le Bresil sans parler des États-Unis tournent leur regard vers l’Afrique. La France se doit d’être très présente, c’est à dire très active non seulement sur le plan militaire, mais également sur les plans minier, commercial, industriel, agricole, culturel et financier. Bref, c’est une stratégie générale. Pour cela il faut que notre armée ait les capacités d’agir et de durer pour permettre puis accompagner cette politique. L’armée est au cœur de l’action de l’État. Quelle politique étrangère possible sans armée capable d’anticiper, de dissuader, d’agir, de contrôler et d’accompagner ?

Le projet de Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 ne permettra pas aux armées de relever les défis qui s’annoncent en Afrique pour les années à venir. Les engagements seront à l’évidence longs.

Une véritable politique africaine implique des moyens militaires (effectifs et matériels) prépositionnés et d’intervention qui dépassent ceux qui sont prévus aujourd’hui dans la LPM. Le président peut tout à fait décider de renforcer les armées s’il apparaît que celles-ci sont très sollicitées (plus que prévu). Il n’est donc pas anormal d’ajuster les moyens aux besoins pas toujours prévisibles. Il s’avère aujourd’hui indispensable de revoir à la hausse un budget de la Défense à l’évidence sous estimé. C’est une question de bon sens et une marque de respect pour nos soldats.

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