Arriver dans l’Orient compliqué avec des idées simples, dit-on. Le concept est séduisant, à ce détail près que personne n’a jamais vraiment réussi à définir ce que pouvaient être ces fameuses « idées simples ». En revanche, la vision qu’en développent les médias dominants relèverait plutôt du simplisme.

Récapitulons. D’un côté, les gentils démocrates ; de l’autre, les méchants autocrates. D’un côté, les gentils laïques ; de l’autre, les méchants islamistes. D’un côté, les gentils occidentalisés ; de l’autre, les méchants bougnoulisés. C’est un peu court, même si ces définitions à l’emporte-pièce recouvrent parfois une part de réalité, une fois fait abstraction des qualificatifs de « gentils » ou de « méchants ».

Car il est une autre dimension autrement plus prégnante : le grand schisme interne aux musulmans, entre sunnisme et chiisme. Comparaison n’est certes pas raison, mais admettons que le chiisme soit au sunnisme ce que le protestantisme fut jadis au catholicisme : pis qu’une hérésie, une fracture qui jamais ne s’est comblée. À cause de cette dernière, les Européens se sont entretués des siècles durant, entre pays rivaux et, à l’intérieur de ces mêmes pays, entre factions rivales. Il en va de même du monde islamique, là où sunnites et chiites se sont plus massacrés entre eux qu’ils n’ont fait la guerre aux chrétiens.

Aujourd’hui, la seule nation dont le chiisme soit d’État est l’Iran, les autres communautés chiites étant dispersées dans divers pays de la région, principalement Syrie – où la minorité chiite alaouite est au pouvoir – et , où le Hezbollah est la formation la plus puissante. Sans compter l’Irak où, depuis la chute de Saddam Hussein, ils tiennent la plupart des leviers du pouvoir. Ailleurs, en et dans les Émirats, les chiites sont démographiquement majoritaires, mais relégués à un statut subalterne. Lorsqu’ils tentent de profiter des « Printemps arabes » pour se faire entendre, comme à Bahreïn, la répression est d’ailleurs féroce et les morts se comptent par centaines, dans l’indifférence médiatique générale.

Désormais, c’est en Syrie que tout se joue. Le régime en place est appuyé par l’Iran et le Hezbollah libanais ; les rebelles par les grandes puissances sunnites régionales – Turquie et Arabie saoudite. Qui ne prend pas cette réalité en compte se condamne à faire de la géopolitique pour lectrices de Cosmopolitan. Pour l’instant, forts d’un pacte remontant à près d’un siècle, les continuent d’appuyer Ryad contre Téhéran, de promouvoir le sunnisme contre le chiisme. Aveuglé par le « péril » iranien, Israël, dont les dirigeants étaient autrefois plus finauds en matière de stratégie, jouent eux aussi la carte saoudienne.

Mais en Orient, ce qui est vrai un jour ne l’est pas forcément le lendemain. Ainsi, dans un entretien accordé à la revue Réfléchir & Agir, en juillet dernier, Gérard de Villiers, père de SAS et dont les analyses précèdent généralement celles de la CIA (dixit le New York Times), assurait : « Les Iraniens, chiites minoritaires dans musulman, sont des gens qui n’ont guère pratiqué le terrorisme, sauf dans un cas ou deux pour se venger. Je pense que l’Iran est un allié naturel d’Israël, puisque les véritables ennemis d’Israël sont les sunnites. L’Iran n’a jamais eu envie de détruire Israël. […] Je pense qu’à terme, l’Iran et Israël se rapprocheront parce qu’ils ont des intérêts communs. L’ennemi d’Israël n’est pas l’Iran, c’est l’Arabie saoudite. » Bien vu.

9 août 2013

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