Qu’avons-nous - que devrions-nous avoir - en commun ? Le français. La langue française, cette fabuleuse richesse immatérielle, ce patrimoine auquel chacun a un égal accès, ce facteur d’unité, ce marqueur de notre identité, cet élément essentiel du ciment qui fait une nation, et comme tel, et comme tant d’autres qui ont enfanté et fondé la France, objet de remises en question plus ou moins délibérées, cible d’attaques incessantes contre lesquelles nous devrions tous être constamment mobilisés.

C’est pourquoi je voudrais exprimer, en mon nom et au nom - du moins je l’imagine - de tous ceux qui suivent et qui soutiennent notre site, la pleine solidarité de Boulevard Voltaire avec l’action exemplaire menée à Boulogne-Billancourt par un modeste "groupuscule de lutte pour le respect du plurilinguisme".

C’est là, à deux pas du pont de Sèvres, que la BNP patronne le chantier de rénovation d’un ensemble de appartenant à General Electric (depuis peu société mère de ce qui fut Alstom). Un panneau gigantesque y informe les passants que bientôt ces "buildings" répondront au doux nom de "City Lights", choisi en commun, paraît-il, avec l’entreprise nord-américaine. Et c’est contre ce choix "d’un nom anglophone pour un immeuble sis en et construit par des équipes francophones" que s’insurge le « groupuscule » évoqué plus haut, qui a stigmatisé d’un graffiti géant "La banque qui aime l’américain". Dans un communiqué, le même groupuscule explique ainsi son geste de protestation : "BNP Paribas semble penser qu’une langue est supérieure à une autre, en l’occurrence le français, qui était a priori la langue naturelle de la plupart des acteurs de l’opération et la langue du territoire dans lequel s’intègre l’immeuble."

On ne saurait mieux dire. Pourquoi ce "City Lights" quand "Lumières de la ville" (titre sous lequel fut diffusé en un des chefs-d’œuvre de Charlie Chaplin) aurait aussi bien fait l’affaire ? Pourquoi Mme Hidalgo, maire de Paris, de nationalité française et d’origine espagnole, accepte-t-elle de présider aujourd’hui même dans le XIIIe arrondissement à l’inauguration de la plus haute tour construite dans la capitale depuis les années 1970 et baptisée "Home" ? Ignorerait-elle que dans la version française de E.T., "home" est traduit par le mot "maison" ? Une tour récemment bâtie à porte le "name" d’"Incity". Les promoteurs et les édiles lyonnais n’auraient-ils pas jugé assez chic "Cœur de Ville" ? Dans la même ville, ex-capitale des Gaules, vont voir le jour deux gratte-ciel sous le nom de "Two Lyon" et « Sky 56 ». La tour la plus haute de La Défense s’appelle "First""Premier"» aurait-il écorché la bouche de ses propriétaires ? Carrefour était-il obligé d’ajouter à son enseigne le grotesque "Market" ?

Ne nous y trompons pas. Si le choix de l’anglais ou, le plus souvent, d’un sabir globish empruntant à l’anglais, comme c’est le cas depuis le début du XXe siècle dans le langage du sport, de la mode, du cinéma, ne répondait qu’à un snobisme, on pourrait en sourire. Lorsqu’il est devenu la langue officielle dans le monde de la technique, du commerce, de l’économie, on pouvait y voir le choix de la commodité, de la facilité, et déjà la reconnaissance de la suprématie, voire de l’hégémonie anglo-américaine. Le déferlement auquel nous assistons aujourd’hui a une tout autre signification : il correspond à une collaboration, une soumission, une inféodation et, pour finir, une capitulation devant la mondialisation, l’ultralibéralisme, le règne sans partage et sans limite de l’utilité, de la rentabilité, du business sans foi ni loi, le culte de l’argent roi, incarnation moderne de l’éternel Veau d’or. En même temps que notre langue, c’est notre civilisation que l’on assassine. Face à l’agression, nous sommes en état de légitime défense.

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5 juin 2015

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