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Culture - Editoriaux - Table - 4 janvier 2013

Légion d’honneur : la bourde d’Aurélie Filippetti

Quand on pense à ceux de nos compatriotes – des dizaines, des centaines de milliers, des millions ? – qui font des pieds et des mains pour décrocher un ruban, une médaille, un truc, un machin, un « hochet », comme disait Napoléon – on se dit qu’il faut se donner du mal pour dénicher quelqu’un qui n’en veut à aucun prix.

Après que le dessinateur Tardi a refusé la Légion d’honneur que le ministère de la Culture avait gentiment glissée dans ses gros sabots à l’occasion de la nouvelle année, les journaux ont recensé quelques-uns des personnages célèbres qui, avant lui, avaient décliné la récompense que l’État décerne assez indistinctement à ceux qui se sont honorés en effet par leur courage, leurs services ou leur talent comme à ceux qui ont mis un ballon de cuir entre deux poteaux, coiffé des têtes couronnées, fait une grosse fortune, brillé par leur servilité, leur opportunisme, leurs compromissions, ou tout simplement atteint l’ancienneté voulue.

On a donc rappelé les exemples donnés par Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Jack Ralite ou Philippe Séguin, en oubliant la lettre assez retentissante où le flegmatique Marcel Aymé avait aimablement prié le président Vincent Auriol de « se la carrer dans le train ». À la suite de quoi, il avait été décidé, en principe, de consulter préventivement les éventuels récipiendaires pour ne pas s’exposer à de semblables camouflets. Sage précaution, familière aux maîtresses de maison qui, lorsqu’elles convient un hôte à leur table pour la première fois, tâchent de s’informer de ses goûts et de ses dégoûts…

Il arrive – rarement – que l’on refuse la Légion d’honneur parce qu’on estime n’avoir rien fait pour la mériter. Plus souvent parce qu’on la juge dévalorisée par tous ceux qui l’arborent indûment. Ou par principe, parce qu’on est allergique à l’ordre, aux hiérarchies, aux distinctions civiles et militaires, bref anarchiste, de gauche ou de droite. Ce qui ressort assez clairement de la vie et des albums de Jacques Tardi, qui n’a cessé de prendre le contre-pied de son père, officier de carrière, et très jugulaire-jugulaire, comme on disait autrefois.

Aurélie Filippetti n’en savait visiblement rien. Ce qui a amené le père d’Adèle Blanc-Sec à dire assez drôlement que le ministre ou bien n’avait rien lu de lui, ou bien, si elle l’avait lu, ne l’avait pas compris.

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