Ils ont l’air fin, maintenant, au gouvernement ! Après avoir tenté de cacher la remise en douce de la Légion d’honneur au prince saoudien Mohammed ben Nayef, le 4 mars, à l’Élysée, et s’être abondamment justifiés, quelques jours plus tard, invoquant une « tradition diplomatique » et autres « pratique protocolaire courante », on en apprend de bien belles sur le site causette.fr, sur ce sujet !

D’abord, c’est le prince en personne qui, contrairement à la tradition, a lui-même demandé la décoration en vue de « renforcer sa stature internationale ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les entremetteurs de l’affaire l’ont menée tambour battant. Du premier courriel de Bertrand Besancenot, l’ambassadeur de en , deux jours avant la visite du prince à François Hollande, à 7 h 04, au dernier, du conseiller pour le Moyen-Orient du Président, David Cvach, à 12 h 53, chacun des protagonistes, pour satisfaire le prince, y a mis tout son cœur. Tout son cynisme, surtout.

Celui de l’ambassadeur Besancenot, le premier à engager les pourparlers. « Certes, le royaume n’a pas bonne presse, mais je crains que son image prenne du temps. » Au regard du traitement réservé aux femmes, aux blogueurs fêtant la Saint-Valentin, au sort appliqué aux homosexuels, à la soixante-dixième décapitation qui avait lieu quatre jours plus tard et autres menus plaisirs, il y a des chances, effectivement…

Celui du directeur de la section du Nord et Moyen-Orient du cabinet de , Jérôme Bonnafont, qui, dix minutes plus tard, lui répond qu’il n’y a « aucune raison de ne pas le faire ». Vraiment aucune, en effet. Raison pour laquelle, sans doute, il préconise la discrétion « vis-à-vis des […] et, au cas où l’affaire serait éventée, de répondre “lutte contre et partenariat économique et stratégique” ». Il a bon dos, Daech, de notoriété publique financé par le pays en question ! Pire : « Pour faire bonne mesure », il sera nécessaire de rajouter « des éléments droits de l’homme dans les éléments de langage, bien sûr ». Prendre les Français pour des truffes, c’est écrit noir sur blanc !

Cynisme au service du protocole de l’Élysée dont le chef, Laurent Stefanini, sept minutes plus tard, n’émet « pas d’objection », arguant d’« un choix d’opportunité politique ». Mais lequel, donc ? Mystère. Mais grâce à lui, le prince saoudien recevra la distinction de grand officier. C’est qu’il ne s’agirait pas d’offenser un interlocuteur soucieux de la paix en Syrie « qui partage 100 % de notre conception de la démocratie et de nos valeurs », disait, sans rire, Jean-Marc Ayrault.

Cynisme, toujours, du conseiller de Hollande, David Cvach, annonçant aux différents destinataires l’accord du résident de l’Élysée. « On fait. C’est le moment d’acheter des actions MBN (Mohammed Ben Nayef). » Ah, ces chères valeurs socialistes…

Rapides, efficaces, avec une bonne dose de désinvolture et de cynisme : quand ils veulent, ils peuvent, à l’Élysée…

12 mars 2016

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