La France, autrefois, dispensait à ses jeunes un excellent enseignement professionnel. Jusqu’aux dernières décennies du siècle dernier, Paris – et particulièrement les XVIIIe et XIXe arrondissement – disposait des lycées techniques les plus performants et les entreprises faisaient la queue pour embaucher les jeunes à la sortie.

Tout cela, c’était avant le « collège unique », « les territoires perdus de la République » et les rêves bafoués d’égalité des chances. On sait ce qu’il est advenu de nos enthousiasmes soixante-huitards : faute de pouvoir mettre tout le monde à Polytechnique, on a mis tout le monde au chômage. C’est l’égalité de la malchance.

Le 12 novembre, François Hollande recevait ses homologues européens pour parler – justement – du chômage des jeunes de moins de 25 ans : 7,7 % en Allemagne, 25,9 % chez nous. Une Allemagne qui fait toujours la part belle à l’apprentissage. Huit jours après, on apprend par un sondage OpinionWay que « 62 % des professeurs de collège estiment que l’entreprise est un lieu d’exploitation. » On a bien dit “collège”, c’est-à-dire des gens qui s’adressent à des gamins âgés de 11 à 15 ans. Bien malléables. Frais et dispos pour être formatés, le crâne bourré de la certitude que « les termes épanouissement et convivialité » n’ont pas droit de cité dans l’univers du travail, que c’est un épouvantable « monde de compétition » que « 90 % des professeurs de collège [l’]associent au stress » et où il est bien sûr impossible de trouver un sens heureux à l’existence. De même, nous dit-on, « 66 % des professeurs de collège pensent que la discrimination est répandue dans l’entreprise. »

Qui s’étonnera, après cela, que des gamins envoyés dans des filières techniques comme des bêtes à l’abattoir refusent de se lever le matin pour apprendre à bosser ?

On peut aussi se poser la question : ces enseignants du collège qui dénigrent l’entreprise, qu’en connaissent-ils au juste ? Passés de l’école à la fac et de la fac à l’école, que savent-ils du verbe « entreprendre » ? Et si leur vision funeste n’était que le reflet du seul monde qu’ils connaissent, celui d’une Éducation nationale sclérosée, dépassée, déphasée, qui ne laisse aucune place au mérite ou à l’initiative ?

Enfin, un autre chiffre pour rapprocher ces deux mondes : 16 % de la population active française éprouve aujourd’hui des difficultés à lire et à écrire (étude réalisée en 2011). Plus de 2,5 millions d’adultes (soit 7 %) sont illettrés, dont la moitié et c’est tant mieux pour eux – ont malgré tout un emploi. Moins dramatique mais sérieusement handicapant pour l’entreprise tellement honnie des enseignants, de nombreux salariés – y compris des cadres supérieurs – ont une maîtrise de la langue écrite très approximative. Des jeunes bardés de diplômes ont « d’invraisemblables lacunes en orthographe ». « Nous recevons des candidatures de jeunes HEC criblées de fautes, c’est effarant”, confiait récemment la responsable d’un cabinet de recrutement. “Même des quadras, à des niveaux de responsabilité élevés, commettent des erreurs dignes d’un élève du primaire. »

De ce fait, et devant l’ampleur du désastre, de plus en plus d’entreprises – Bouygues, La Poste, la Société générale, etc. – proposent « une aide » aux employés dont elles constatent les lacunes abyssales. Et « pour ne pas heurter leur amour-propre en parlant d’orthographe », on leur propose pudiquement des stages de « technique usuelle de communication ».

Nos professeurs de collège ont-ils quelque chose à dire là-dessus ?

19 novembre 2013

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